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Pour le respect de l’intelligence et de la foi

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Mardi 27 juillet 2010
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Jean d’Ormesson, cet écrivain français agnostique tenté de croire, déclarait il y a quelque temps dans la revue Le monde des religions que « Dieu est caché et doit le rester afin que nous puissions nous interroger sur son existence… » Il ajoute que « Les Évangiles me touchent profondément. Tout comme le pardon ou la communions des saints. » (numéro 21) Cet humain, et il n’est pas le seul, est un fantastique explorateur, un passionné chercheur, un tenace quêteur qui partage ses avancées avec ses lecteurs et lectrices défiés par la question de Dieu. Modeste, attentif, accueillant, fantaisiste, il provoque le cheminement, sème des questions essentielles, émet de douces constatations sans emprisonner aucune question et respecte tendrement l’intelligence de celles et de ceux qui l’accompagnent. Il y a de l’Évangile et du Jésus-Christ dans sa façon d’être.

Dans l’exercice de leurs responsabilités, certains annonceurs « officiels » de cette présence de Dieu auraient grand avantage à  s’inspirer de monsieur d’Ormesson et de plusieurs autres quêteurs de Dieu. Dans ses récents propos, et ce ne sont pas ses premiers du genre, le Saint-Siège (et celui qui y trône évidemment) vient de déclarer l’ordination des femmes délit grave contre la foi, mettant sur le même pied la pédophilie de plusieurs prêtres et la volonté d’ordonner prêtres des femmes. On y affirme donc le caractère grave du sacerdoce des femmes : une affirmation totalement absente des Évangiles, inimaginable dans la bouche de Jésus de Nazareth. Une déclaration qui dépasse la mesure et qui fait penser que parfois dans l’Église catholique on a remplacé Jésus-Christ par l’Église (Simone Weil). Une déclaration orgueilleuse, froide et fermée qui non seulement emprisonne la recherche sur le ministère pastoral et le sacerdoce baptismal, mais manque totalement de respect envers les femmes : qu’y a-t-il de commun entre le pédophile qui peut ruiner la vie de plusieurs enfants et la femme ordonnée prêtre pour nourrir la Vie en abondance? Manque de respect aussi envers l’intelligence de celles et de ceux qui, comme d’Ormesson, sont à l’œuvre  dans le champ terrestre pour discerner les pousses vertes dispersées de cette Vie en abondance. Le 1er janvier 1967, le réputé théologien britannique Charles Davis ne quittait-il pas son institution nommée Église catholique à cause de ses traits inhumains, étouffants et parfois près du mensonge? Malheureusement ces traits sont encore présents dans les récents propos du Saint-Siège concernant l’ordination des femmes. Entouré et encerclé par sa curie, le pape lit des mots, des informations et des rapports sur les questions des quêteurs de Dieu, sur la situation de SON Église, sur l’état des Églises locales: ses mots résonnent-ils dans son « cœur » et dans celui des membres de sa curie? Se pourrait-il que, pour reprendre des mots de l’écrivain québécois Gil Courtemanche (Le monde, le lézard et moi), ce Saint-Siège autoritaire « demeure un analyste, un témoin, une sorte d’interface »?

Quelle est la référence du Saint-Siège dans ses enseignements et déclarations : sa doctrine et les principes qui en découlent ou l’expérience biblique et la Parole qui nous la fait connaître? Pourquoi tente-t-il de nous faire croire que l’organisation actuelle de l’institution catholique découle de celle des premières communautés chrétiennes?  Comment nomme-t-on dans notre monde les chefs et institutions qui prétendent détenir toujours la Vérité au nom de… et condamnent celles et ceux qui questionnent leur prétention?

Vivant au Québec où l’égalité des femmes et des hommes est reconnue partout, il nous est difficile de ne pas rager et d’éviter la colère quand on se fait répéter par l’Autorité de notre institution qu’une femme ne peut être ordonnée prêtre et, surtout, que ces ordinations seront dorénavant considérées par la Loi de notre Église comme un grave manquement à la foi… tout comme le prêtre qui abusera d’enfants.

Pour l’exécutif du Réseau des Forums André-Naud :

Rachel Deslauriers

André Gadbois

Denis Normandeau










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Se défaire de ses poisons. Pour une foi possible encore!

Auteur: Pierre-Gervais Majeau ~ Publié le Samedi 17 juillet 2010
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Parce qu’Israël s’est endurci dans ses prétentions de salut acquis, il s’est enfermé dans la suffisance. La même tentation guette l’Église: la suffisance! Demeurer dans la foi, c’est demeurer bénéficiaire de la Miséricorde jamais considérée comme méritée, acquise, monopolisée. L’Église n’est pas propriétaire du salut, elle en est le signe devant l’Histoire par pur choix gratuit de Dieu qui demeure le seul auteur du salut. L’Église est signe de salut parmi d’autres signes qui apportent des portions de réponse aux frustrations désespérées du désir constamment mis en échec par les détresses de l’existence. Quitter  la tentation de la suffisance, pour révéler au monde, dans le respect, les voies du salut, voilà l’appel reçu par l’Église: être signe de salut à travers sa propre précarité, sa propre fragilité. L’Église est servante et signe de la Miséricorde de Dieu jamais acquise, jamais possédée. Elle se fera patiente et humble et aucunement méprisante pour tous ceux qui refusent de passer dans la Miséricorde du Dieu capable de combler tout désir de plénitude. L’Église ne se fera jamais porteuse de condamnation devant les désirs égarés  ni sectaire en se drapant de toute prétention de pureté.

L’Église ne cherchera pas non plus à monopoliser le salut par des tentatives d’endoctrinement, de prosélytisme, de pouvoir de contrôle, mais elle prendra les voies du service, dans l’accompagnement du désir de l’autre en recherche de plénitude ou de salut, elle évitera tout mépris dominateur. Ici je citerai François Varone encore une fois : «SUFFISANCE, POSSESSION, MONOPOLISATION, avec leurs valets, MÉPRIS, VOLONTÉ DE POUVOIR, DOMINATION ET HYPOCRISIE, voilà les poisons qui, inévitablement, agressent les Églises dès lors qu’elles rejettent l’antidote Israël. Elles ne servent plus le Mystère. Elles s’en servent. Elles font du salut une existence poussiéreuse, aliénante… Elles oublient qu’elles ne peuvent anticiper et signifier le salut que par grâce et appel de Celui qui en est l’unique auteur». (in  Inouïes les voies de la Miséricorde, p.156.)

C’est Dieu qui sauve, l’Église est signe, elle annonce. Si elle tombe dans la tentation de la suffisance, elle subira inévitablement les rejets du monde sécularisé. Elle hâtera sa propre mise au rancart, si elle se crispe dans de désespérantes tentatives de contrôle et de monopolisation du salut. Elle subira inévitablement des pertes de crédibilité dans son espoir d’atteindre le désir apeuré, sinistré, voire même insolent, des gens d’ici et de notre temps.

Malgré toutes les tentatives postconciliaires d’aggiornamento, l’Église, la nôtre, devra donc trouver son chemin d’avenir en prenant les voies du service du sens et de l’espérance, en s’assumant comme le Reste évangélique, en prenant des attitudes plus fraternelles dans ses rencontres des Églises sœurs porteuses également du Signe du salut, le Christ, en évitant toutes tentations multitudinistes. Accepter de vivre un dégraissage administratif et doctrinal, rejeter toute volonté de puissance, voilà les défis de l’Église.  Elle deviendra signe de salut pour tous les hommes par la miséricorde de Dieu et non par sa propre puissance à elle!

Dans notre société inédite, sécularisée et anomique, la parole de l’Église apparaît de plus en plus déphasée, archaïque. Comment maintenir le grand phylum évangélique dans une société résolument allergique dans sa grande majorité, à toute récupération «religieuse». Pour éviter la disparition irréversible de ce phylum évangélique, l’Église doit se rappeler les souffrances de sa naissance issue du judaïsme formalisé. La foi chrétienne s’est développée comme une alternative emballante au judaïsme plongé en pleine dérive de suffisance. Elle est apparue comme une voie nouvelle de spiritualité, soupçonnée d’athéisme par les païens polythéistes. Il y aura toujours des personnes désireuses de vivre la foi de l’Évangile au sein de tout un système de symbolique religieuse. Et il faut le respecter, car cela fait partie de l’être humain dans sa quête spirituelle. Mais la plupart pourrait également vivre une démarche spirituelle plus séculière tout en étant fortement évangélique. L’Église demeure maîtresse de spiritualité et elle est appelée à l’être autrement, selon des voies inédites, afin de rejoindre l’homme sécularisé et lui proposer, au sein de sa propre culture, les appels du salut venant du même Père des miséricordes inouies. L’Église doit donc préconiser un christianisme spirituel, pluriformel en diversifiant ses approches pastorales et en proposant une parole jamais contraignante ni endoctrinante, mais porteuse de sagesse et de transcendance et éveillant ainsi la quête du sens et du signe du salut. L’Église fera surgir ainsi plusieurs modes de pratique de vie chrétienne, toutes complémentaires les unes aux autres tout comme cela s’est toujours vécu dans son histoire! Cette même Église se réjouira de toutes les avancées des droits de la personne comme autant de signes de salut en voie de réalisation. Elle se penchera sur les appels des béatitudes et de tout le sermon sur la Montagne pour s’inspirer dans sa réflexion  éthique et prendra ainsi ses distances de la «supposée loi naturelle», elle qui est dépositaire d’une charte si libératrice, celle de l’Évangile.

En quittant ses peurs ataviques, en quittant ses tentations de suffisance, l’Église évitera  de devenir un  corps desséché, organe témoin inerte dans l’organisation historique de l’humanité. Elle sera au sein de l’immense corps malmené de l’humanité toujours en quête d’une plénitude sans cesse espérée, signe de salut, épousant les joies et les peines de l’humanité et assumant sa propre précarité dans le service du sens, dans le service de l’espérance, en indiquant la voie qui transforme toute précarité humaine en  éternité, en conduisant l’humanité vers le vase de la miséricorde du Père.

Pierre-Gervais Majeau ptre-curé

Unités Belles-Montagnes et Pied-de-la-Montagne,

Diocèse de Joliette, membre du Forum André-Naud.

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Le Dieu tout autre : il justifie!

Auteur: Pierre-Gervais Majeau ~ Publié le Samedi 10 juillet 2010
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Les différentes relectures des textes bibliques en viennent à soutenir des propos fort différents. Ainsi en est-il de la question de la justice de Dieu. Pour les uns, en effet, Dieu est amour, mais il est aussi vengeance, le péché doit être puni, l’offense infinie ne saurait être minimisée par un pardon facile et déjà acquis. Il faut d’abord payer, ensuite peut-on espérer le pardon. Pourquoi mener une bonne vie dans la fidélité, s’il n’y a pas de justice divine pour récompenser le fidèle et sanctionner l’égaré? Heureusement que Dieu n’a pas épargné son propre Fils en le livrant à cause de nos péchés. Sa colère provoquée par les horreurs des péchés des hommes, s’est abattue sur le Fils comme la misère sur le pauvre monde, dirait ma sainte mère! Le Fils a payé pour les péchés des autres, sa mort hautement méritoire a donc compensé suffisamment! C’est dans cette punition nécessaire que Dieu se manifeste en sa supériorité infinie. Il est normal que Dieu en sa justice infinie punisse et avertisse et qu’il bénisse les fidèles. ¨ Affirmer la justice pour les autres, y compris pour le Christ, et  espérer la miséricorde pour soi qui se découvre  de plus en plus incapable de triompher du jugement de Dieu, cette répartition n’est visiblement pas une synthèse heureuse.¨ (F. Varone : In  Ce Dieu censé aimer la souffrance, p. 140) Que Dieu punisse les pécheurs mais qu’il me fasse miséricorde à moi, moi, moi!  D’autres soutiennent que la miséricorde de Dieu  est toujours acquise, car Dieu n’est que miséricorde, une réduction qui s’inscrit en réaction à la théorie de la satisfaction énoncée précédemment mais qui verse cependant dans la malcroyance! Comment sortir de cette ambivalence  entre la justice punitive de Dieu qui le campe dans un rôle de justicier livrant des sentences et la seule miséricorde qui réduirait Dieu à un rôle de spectateur de l’humanité, à la fois indifférent et débile!

L’autre voie, celle de la révélation et  donc de  la foi, nous rappelle que le jugement de Dieu se fait en deux temps : il détruit le péché, il condamne les égarements de l’homme dans sa quête de sens et de désir, de plénitude mais il pardonne cependant au pécheur. Le jugement de Dieu est à la fois condamnation et pardon. C’est dans le Christ que Dieu a révélé pleinement sa justice. ( Rm 1, 16-17 ) Mais encore là, ne versons pas dans la satisfaction en affirmant  que nous sommes à l’abri de la terrible colère de Dieu étant donnée qu’elle s’est déjà assouvie sur Jésus que Dieu n’a pas épargné en le livrant  à une mort cruelle.  Que dit la foi révélée?  C’est par méconnaissance que l’homme s’égare dans  la recherche de la plénitude de son désir.  Et c’est par méconnaissance ou malcroyance que l’homme pense que le jugement de Dieu est colère et punition entrainant la révolte de l’homme et parfois même, son athéisme. Il faut donc en arriver à ce que le jugement de Dieu  ne soit plus perçu par méconnaissance  comme Colère de Dieu, mais qu’il soit enfin reconnu et vécu pour ce qu’il est depuis toujours et maintenant : UN JUGEMENT QUI SAUVE, LA JUSTICE DE DIEU.

¨L’événement révélateur, c’est Jésus. C’est en lui que la méconnaissance peut se dénouer enfin et permettre au désir de l’homme de s’ouvrir  sur un nouvel espace, un espace qu’il va reconnaitre comme sa véritable demeure en même temps que son avenir : la gloire de Dieu.¨ (op.cit. p. 153) 1) Dieu a envoyé son Fils  dans une existence livrée….à la vanité et à l’esclavage de la corruption. Dieu a fait son Fils péché, donc son désir s’est trouvé comme le nôtre, livré à la vanité… à une exception près, l’existence livrée de Jésus, le Fils, ne connait pas le péché, l’égarement du désir, donc pas de révolte et de méconnaissance; cela veut dire : le jugement de Dieu qui ¨livre¨ Jésus  est perçu par lui non comme colère et condamnation mais comme voie de salut, comme puissance de vie favorable pour l’homme et à son désir authentique, comme Justice. ¨La preuve en est sa résurrection : c’est dans cet événement où   la vie de Jésus s’épanouit dans la gloire de Dieu, que le jugement  de  Dieu  apparait enfin  dans toute la plénitude de son action pour l’homme. La résurrection est donc l’événement qui révèle la Justice de Dieu : Si tu crois  que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. (Rm 19,9) ¨¨ (Op.cit. p.154) Enfin l’homme découvre dans le chemin de résurrection emprunté par le Christ, un chemin possible pour lui-même,  il découvre que Dieu  n’est  donc pas celui  qui livre  l’homme à la mort et à la ruine de son désir de plénitude, que Dieu n’est pas le dieu mesquin et jaloux que sa révolte et sa méconnaissance lui faisaient entrevoir, mais plutôt le Dieu qui ressuscite et ouvre à la plénitude et à la pleine identification au Premier-Né du monde nouveau.

C’est le Christ qui nous révèle la Justice de Dieu  comme  processus de transformation pour l’homme. La Justice  de  Dieu  dans  son action transformatrice, s’appelle la justification. Dieu justifie, il rend le croyant ajusté à lui en condamnant  en lui le péché qui conduit à l’égarement  et  à  la  quête des fausses gloires et  en  ouvrant  le croyant  à  un avenir  de plénitude.  Le jugement de Dieu  s’achève  en l’homme  glorifié dans  l’événement de la résurrection à  la suite du Christ. En devenant  péché   sans l’avoir commis, mais pour nous rejoindre dans notre existence, Jésus est devenu objet, avec nous, comme nous, du jugement de Dieu qu’en ressuscitant  il  a manifesté comme Justice. (Cf. op.cit. p. 155) Voici donc le plan de Dieu pour l’homme : tu ne t’égareras pas dans ton désir  mais tu te laisseras engendrer, ressusciter et accomplir dans la gloire.  Grâce  à  la révélation apportée par le Christ dans l’événement de sa résurrection, l’homme est passé de la méconnaissance  à la foi  au Dieu qui ressuscite.

Dans la foi, nous percevons la différence absolue de Dieu en son  Mystère de libération de l’homme en le  faisant participer à la gloire du Ressuscité. Ce n’est pas par la pratique de la loi et par la multiplication des œuvres que nous sommes sauvés mais par l’œuvre de Dieu, la résurrection du Christ. Mais vivre déjà en ressuscité, c’est  s’engager dans des œuvres de salut! Chez ce Dieu tout autre, la justice aussi est toute autre : il n’y a en Dieu que puissance de vie et de salut pour conduire l’homme le long du chemin compliqué sur lequel son désir s’éveille puis découvre sa portée infinie, négativement d’abord dans la vanité du monde, puis positivement dans la découverte de la gloire de Dieu. La justice de Dieu, se fait donc miséricorde pour l’homme, force  de transformation et de glorification pour l’homme. La justice de Dieu  n’est que miséricorde car elle fait valoir l’homme;  sa  vie dans le compagnonnage du Christ  lui permettra de se laisser engendrer par le Père. Son désir de plénitude et sa pratique de vie  dans le compagnonnage du Christ, conduiront l’homme vers le salut, le partage de la gloire du Ressuscité. La Justice du Dieu tout autre : une PUISSANCE  POUR  LA  VIE !

Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,

Unités Pied-de-la-Montagne et Belles-Montagnes,

Diocèse de Joliette, Membre du Forum André-Naud.

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Le franc-tireur

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Samedi 3 juillet 2010
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Karol Wojtyla fut un homme charmant et cultivé, d’une intelligence supérieure, grand visiteur des peuples, profondément amoureux de SON Église catholique. Comme il n’appréciait pas la petite fenêtre ouverte sur le monde par les 2200 pères conciliaires en octobre 1962, il s’entoura de collaborateurs patients et habiles pour la faire disparaître discrètement sans coups d’éclats. Homme de pouvoir, il décida de « restaurer » cette Église néophyte et aérée, de la ramener au bon vieux temps de la chrétienté. Année après année, il déposa dans l’ouverture créée de petites pierres bien cimentées… mais discrètes : rapprochement avec l’Opus Dei, réduction des pouvoirs des assemblées d’évêques d’un pays, condamnations de théologiens… Le travail est maintenant très avancé, surtout en Occident, mais ce n’est pas le temps de relâcher l’ardeur. Joseph Ratzinger le sait trop bien, lui qui poursuit le travail de son prédécesseur.

La nomination de Marc Ouellet comme préfet de la Congrégation pour les évêques est l’une de ces petites pierres «précieuses» capables de faire progresser le projet de retour au modèle institutionnel qui a fait ses preuves. Car Marc Ouellet fait partie de ces clercs carriéristes qui semblent n’avoir jamais apprécié la brise venant de la petite fenêtre: il y a une seule façon d’être chrétien catholique et c’est la sienne.

Homme charmant et cultivé lui aussi, d’une intelligence supérieure, bon connaisseur des peuples, profondément amoureux de SON Église catholique, il saura discrètement orienter la nomination des futurs évêques (vulgairement dit en politique: placer ses hommes) pour faire oublier le vent frais qui pénétra un jour dans le Temple grâce à la petite fenêtre. Mine de rien, en plaçant SES hommes à la tête des différentes Églises locales (spécialement en Amérique latine), il contribuera FORTEMENT à cléricaliser les communautés chrétiennes, à renforcir les rituels et les normes au détriment de la Parole de Dieu, à donner des leçons au monde, à uniformiser la pensée et les structures de SON Église et à faire passer l’ordre social avant la défense des plus petits et des appauvris. Lui qui, durant son passage à Québec, n’a pas réussi à s’intégrer à l’Assemblée des Évêques Catholiques du Québec, aura maintenant beau jeu pour poursuivre l’affaiblissement des conférences épiscopales et la consultation du Peuple de Dieu. Le tout avec la bénédiction solennelle de celui qui l’a nommé, Benoît XVI.

Dommage qu’à l’heure où la collégialité des évêques du monde entier soit un enjeu pour l’avenir de l’Église catholique, le premier pasteur de cette Église ait nommé un franc-tireur pour stimuler leur solidarité. Dommage, mais ça se comprend! Et ça ne fêtera pas fort à Rome en octobre 2012 lors du 50e anniversaire de Vatican II.

André Gadbois (pour le Réseau des Forums André-Naud)

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Saint Jean-Baptiste 2010.

Auteur: Michel Lacroix ~ Publié le Jeudi 1 juillet 2010

Mes chers frères et sœurs en Église.

Tout d’abord, bonne fête nationale à chacun et chacune d’entre vous!

Bizarrement, la fête de la St Jean-Baptiste nous renvoie automatiquement à la fête de Noël qui se situe à l’autre pôle de l’année, en hiver. La deuxième lecture de ce matin nous éclaire sur ce point : « Dieu a fait sortir de sa descendance un sauveur pour Israël : c’est Jésus dont Jean-Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. »

Aussi bien dire que sans la fête de Noël, la fête de la naissance de Jésus,, la fête de la St Jean serait insignifiante, i.e. qu’elle n’aurait pas de sens. La seule raison d’être de la fête de la St Jean, c’est d’annoncer la venue de Jésus; et Jean-Baptiste lui-même le disait : « Il vient  celui qui vous baptisera de l’eau et de l’Esprit-Saint… et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. »

Et comme il arrive souvent dans la Bible, pour souligner qu’un événement spécial se prépare, l’évangéliste raconte la naissance un peu mystérieuse de Jean-Baptiste, qui préfigure la naissance de Jésus : tout d’abord Zacharie devient muet à l’annonce que son épouse Élisabeth va lui concevoir un fils; puis vient le temps de la circoncision où les parents donnent un nom à leur enfant. Selon la tradition, l’enfant devrait s’appeler Zacharie mais les parents ont choisi un autre nom : « son nom est Jean » écrit le père de l’enfant sur une tablette.

Il y a du nouveau dans l’air. Élisabeth et Zacharie rompent avec la coutume et cette rupture annonce que quelque chose de nouveau se prépare : c’est la venue de Jean-Baptiste qui annonce des temps nouveaux.

Nous, les Québécois et les Québécoises, nous avons le bonheur, comme peuple, d’avoir ce grand personnage, Jean-Baptiste, comme patron. Nous sommes donc directement interpelés par cette fête. Vous savez, comme moi, que l’Église du Québec passe à travers une période d’intenses changements : la pratique religieuse a baissé dramatiquement, le clergé a du mal à se renouveler et plusieurs personnes voudraient voir la foi chrétienne confinée dans le domaine privé. Devant ces faits, certaines personnes paniquent et crient même à la persécution. À l’image de notre patron, je crois que nous sommes appelés à annoncer des temps nouveaux.

Il y a un peu plus de 40 ans, le Concile Vatican II a donné une orientation aux chrétiens et aux chrétiennes, donc à l’Église. Dans la Constitution pastorale « L’Église dans le monde de ce temps », on peut y lire dans la conclusion : »Se souvenant de la parole du Seigneur : « En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres », les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que celui de rendre service aux hommes de leur temps, avec une générosité toujours plus grande et plus efficace. »  le Concile souhaitait donc une Église servante et pauvre; et on ne peut pas dire que ce souhait a été pris au sérieux.

Mais… si l’Esprit Saint l’avait pris au sérieux! Et si c’était son optique à Lui de rendre notre Église servante et pauvre : la baisse de la pratique, la baisse du nombre de ministres ordonnés ou non, la baisse de revenus, tout cela ce sont des signes de l’appauvrissement de notre Église.

Quant à être servante, c’est une attitude qui se situe à l’opposé de la domination. C’est une attitude à acquérir. L’Église ne peut et ne doit imposer ses croyances, ses points de vue, sa morale, sa vision du monde aux humains de ce temps. Tout au plus, elle peut les proposer; c’est même son devoir de le faire.

Une Église qui est au service du monde, c’est une Église qui est follement amoureuse du monde, tout comme le Dieu qu’elle annonce. Avant de vouloir le changer, avant de lui proposer des chemins de justice, de fraternité, de paix, de liberté, de respect de la nature, elle doit faire une déclaration d’amour crédible envers l’humanité, rappeler la beauté de la Création, comme nous le ferons dans le chant de sortie, et rendre grâce pour la présence de Dieu qui se manifeste à nous à travers les personnes et les événements.

Et ainsi nous reverrons une communauté de chrétiens et de chrétiennes qui aura du sens pour le peuple québécois. Celui-ci aura peut-être alors le goût d’ouvrir son cœur et son esprit à un dialogue avec l’Église qui jouera alors son rôle de service, de sel de la terre, de levain dans la pâte auprès de la société québécoise d’aujourd’hui.

Amen.

Michel Lacroix

Admin
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