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« À votre place, les bonnes sœurs! »

Auteur: Alain Ambeault ~ Publié le Lundi 23 avril 2012
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Dans chaque pays, les communautés religieuses sont regroupées en conférence. Celle-ci assure divers services de coordination, de ressourcement, de formation et de représentation notamment auprès des instances civiles et ecclésiales. Les conférences religieuses sont mixtes en plusieurs pays ou elles regroupent séparément les hommes et les femmes comme aux États-Unis. Diverses raisons peuvent expliquer cette réalité, entre autres, le grand nombre de religieuses américaines. Au-delà de cette séparation de genre, il existe une réelle solidarité entre les conférences masculines et féminines des religieux américains.

Ce n’est pas d’hier que la LCWR (Leadership Conference of Women Religious) est dans la mire des autorités vaticanes. Elles ont favorisé entre elles et avec le peuple américain qu’elles servent, une liberté de pensée qui a tôt fait d’ouvrir le dialogue, condition essentielle à la vérité qu’elles annoncent. Sur la route d’Emmaüs, la première question de Jésus n’est-elle pas: de quoi discutiez-vous en chemin? (Lc 24, 17) C’est dire que la vérité évangélique ne produit son effet qu’à la condition d’un va-et-vient de la parole, du témoignage et de l’agir. Ainsi, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. (Lc 24, 31)

Cette semaine, le couperet est tombé. Après quelques années d’enquête, l’autorité vaticane de la doctrine de la foi a non seulement imposé à la conférence des religieuses américaines un réalignement majeur sur les enseignements de l’Église catholique, mais elle lui a reproché ses façons de faire, ses prises de position et, somme toute, son peu de solidarité à défendre la doctrine de Rome, notamment sur le respect de la vie, la compréhension de la sexualité et l’accessibilité des femmes à tous les ministères. Une remise à l’ordre à saveur de : « À votre place, les bonnes sÅ“urs! » Pour s’assurer du résultat escompté, la tutelle d’un évêque!

La réaction première de la Conférence utilise le verbe  » stunned « , (assommée, abasour-die, stupéfiée) pour qualifier son état d’âme. Des leaders du mouvement religieux féminin ont déjà conclu qu’il faut tout simplement ignorer ce geste autoritaire, infantilisant, et agir hors de la structure canonique. La réaction plus officielle ne saurait tarder.

Je connais personnellement cette conférence pour avoir collaboré avec ses dirigeantes de 2004 à 2006 alors que j’assumais la présidence de la Conférence religieuse canadienne et que nous vivions ici la tourmente d’un message adressé à nos évêques. Je ne doute pas un instant de la manière dont elles répondront à ce geste malhabile, inacceptable et irrespectueux. Monsieur le directeur est passé et d’un coup de poing sur la table, il a rétabli l’ordre! J’ose croire que jamais ces femmes intelligentes, engagées, des femmes à la prise de parole informée, recherchée, déterminée se laisseront semoncer de la sorte par des relents d’un autoritarisme passé, un paternalisme ringard. J’ose croire également que la Conférence des religieuses et religieux canadiens ne gardera pas silence devant cet affront inqualifiable et inacceptable fait à sa voisine et cela, au risque de se faire sermonner elle aussi.

Du côté de Rome, on aime reconnaître les solidarités des religieuses et des religieux avec les laissés-pour-compte dans notre société et leur action caritative. Soyez présentes, mes bonnes sÅ“urs, et surtout généreuses de votre temps et de votre avoir, mais votre réflexion ne nous intéresse pas! Soyez obéissantes et ça vous suffit! Soulagez les gens, mais de grâce, ne leur offrez pas la parole! Et vous-mêmes, n’allez surtout pas prendre relais et épouser leurs cris de justice, cela pourrait gêner la rhétorique des bien-pensants d’une foi enclavée.

La médecine appliquée à celles et ceux qui ne suivent pas cette direction est sans équi-voque: l’autoritarisme qui tue la parole de l’autre et exclut. En fait, quelle grâce pour les religieuses américaines de se retrouver officiellement du nombre de celles et de ceux qu’elles servent depuis des générations et qui subissent à répétition cette exclusion honteuse. Qu’elles laissent donc les hommes en robes rouges et violettes de Rome avec leur illusion d’un pouvoir sur la vie de foi des gens et leur appartenance à une tradition de foi!

Pour la Conférence des religieuses américaines, il me semble que la solution est simple : bussiness as usual! Continuez à être des femmes de foi et de tradition intelligentes, engagées et audacieuses pour que naisse toujours plus l’Église, Peuple de Dieu. Rappelez-vous, au cÅ“ur de la tempête, que Lui, raison de notre foi, nous conduit sur l’autre rive. Ceux et celles que nous servons nous y attendent avec cette parole d’une grande sagesse : « De grâce, ne tournez pas la page d’un Évangile signifiant et engageant sinon, qui nous ouvrira le cÅ“ur à la Bonne Nouvelle qui nous donne encore d’espérer? »

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Que vos paroles et vos gestes sentent bon la terre d’ici

Auteur: Alain Ambeault ~ Publié le Jeudi 22 mars 2012
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monsieur l’Archevêque!

La nouvelle est tombée hier matin: l’immense diocèse de Montréal a un nouveau pasteur, Monsieur Christian Lépine. Depuis quelques mois, il collaborait avec son prédécesseur, le Cardinal Jean-Claude Turcotte, comme évêque auxiliaire. De la lointaine Rome, la nomination nous est parvenue faisant ainsi taire toutes les spéculations qui allaient bon train depuis un certain temps déjà. La crainte qu’un non-francophone s’assoie sur la cathèdre montréalaise vient de s’éteindre. Dans l’univers catholique, nous ne connaissons pas de consultation élargie à l’ensemble des chrétiennes et des chrétiens, ce qui laisse libre cours à toutes les envolées possibles. En outre, ne connaissant pas les critères à partir desquels ces nominations se font, il faut alors se fier à ce que le Cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, disait récemment : ce sont des théologiens et des apologètes qui sont appelés à l’épiscopat. (Entrevue accordée à Gianni Cardinale pour « Avvenire  » en décembre dernier)

Alors, Monsieur Lépine, je vous offre mes meilleurs vœux et vous souhaite le plus grand des courages dans vos nouvelles fonctions. Ma prière vous accompagne et j’ose espérer que votre espérance soit grande car les défis qui vous attendent sont énormes.

Vous êtes nommé Archevêque de Montréal. Il vous reste maintenant à développer un leadership, ou un pastorat pour utiliser une terminologie plus religieuse, qui corresponde aux besoins de l’ensemble de l’Église que vous êtes appelé à servir. Cela ne vient toutefois pas automatiquement avec la nomination. Le leadership de l’évêque doit s’étendre à l’ensemble de la communauté chrétienne. Et comme vous le savez bien pour avoir été pasteur de paroisse, celle-ci n’est pas un bloc monolithique, mais un ensemble de tendances, de postures qui se réclament toutes du même Évangile, de la même tradition et de la même foi. Un leadership bienfaisant pour le grand diocèse de Montréal devrait donc se traduire par l’exigeant défi d’être le rassembleur de toutes ces tendances. Il vous faut garder constamment le dialogue ouvert, celui qui sait donner la parole pour que se recrée, dans notre église montréalaise, une atmosphère d’écoute mutuelle et de recherche commune de la volonté de Dieu;  elle est le gage d’une communauté qui sait la Parole vivante et agissante. Vous n’êtes pas sans savoir qu’ici comme ailleurs s’est opéré un clivage entre les tenants des diverses tendances ecclésiales; de grâce, aidez-nous à nous rappeler qu’au-delà des positions d’un chacun, nous sommes des frères et sœurs qui ont le besoin l’un de l’autre.

Comme évêque, vous êtes appelé à être le gardien de la foi et le premier évangélisateur. J’ose exprimer le souhait que vous remplissiez cette tâche avec les hommes et les femmes d’ici. Soyez d’abord le gardien de notre foi, celle qui naît ici, dans notre contexte, cette foi qui sait conjuguer la Bonne nouvelle de l’Évangile au questionnement qui marque la quête de bonheur des femmes et des hommes de Montréal. Cela, vous ne pouvez l’accomplir seul. Plus encore, votre responsabilité de faire de l’Église de Montréal une Église catholique, porteuse de la réalité universelle, ne sera réelle que si votre leadership est profondément enraciné dans les défis du peuple d’ici.

Fidèle au souhait du Cardinal Ouellet, soyez d’abord le théologien d’ici, l’apologète d’une foi qui sait sa force à la mesure de l’étendue de ses racines dans la réalité de vie qui est la nôtre.

Dans vos relations avec vos confrères évêques, avec le Pape et son entourage, portez haut la conviction qu’ici aussi l’Esprit parle et agit. Sachez être le promoteur de Dieu qui crée avec nous! Que votre solidarité avec vos sœurs et frères chrétiens de Montréal soit le marchepied essentiel à cette autre solidarité que vous êtes désormais appelé à développer avec vos frères dans l’épiscopat et avec les autorités vaticanes. Nous savons tous d’ores et déjà que le poids de la charge sera lourd et qu’avant d’avancer quelques réponses aux questions existentielles qui vous seront adressées, vous aurez à suggérer à toutes les parties le bienfaisant silence qui laisse la chance à l’Esprit de nous surprendre et de nous inspirer.

Votre ministère est essentiel; il est au cœur de la tradition catholique. Nous sommes plusieurs ici à souhaiter que le processus de nomination des évêques change pour laisser place à la parole des chrétiens et chrétiennes, ceux qui peuvent témoigner du nécessaire « sens commun » des fidèles. Soit, espérons que ce sera pour un avenir immédiat! Que vos premières paroles et vos gestes courageux aillent dans le sens de la création d’une nouvelle communion dans l’Église de Montréal, celle qui n’a pas peur des mots, celle qui sait que la Parole n’est signifiante qu’auprès d’hommes et de femmes dont la leur est d’abord reconnue.

Dans peu de temps, votre nom s’inscrira sur la liste des candidats au chapeau rouge. Montréal n’est-il pas un siège cardinalice? Nous savons tous que cela vous imposera une solidarité encore plus étroite avec la pensée romaine. Profitez du laps de temps qui vous éloigne encore de cette inscription au club sélect des électeurs papaux pour vous coiffer encore plus élégamment de l’humble mitre des pasteurs que nous aimons parce qu’ils demeurent près de ce que nous sommes. Et de votre bâton pastoral, frappez fort notre terre; elle a tant à vous raconter de la « foi trempée » des gens qui ont construit ce pays! Sachez vous en inspirer et nous rappeler souvent cette belle et créatrice fidélité!

À l’instar d’un célèbre évêque haïtien (François Colimon), qui a marché toutes les routes de son diocèse, puissiez-vous avoir le courage de ce passage obligé à l’affermissement de votre pastorat. Faites-le comme un pèlerin, celui qui nourrit sa prière d’abord de ce qu’il voit et entend. Ainsi, lorsque votre pèlerinage se poursuivra à Rome, vous pourrez laisser sur les routes de la Ville éternelle quelques traces d’une terre qui, loin d’avoir perdu la foi, ose la fortifier à même les défis que son humanité lui pose.

Que vos paroles et vos gestes sentent bon la terre d’ici, monsieur l’Archevêque!

Alain Ambeault, c.s.v.

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LAURÉAT DU PRIX ACPC 2011

Auteur: Forum André-Naud Trois-Rivières/Nicolet ~ Publié le Dimanche 4 mars 2012

Le jury pour la catégorie « Chronique» a retenu la chronique d’André Gadbois publiée dans le Précurseur Hiver 2010 «Sculpture mouvante», Hiver 2011 «Condamnés à pourrir au soleil» et Printemps 2011 «Un seul puits est éternel »,

Le jury de l’ACPC (l’Association canadienne des périodiques catholiques) mentionne que les sujets présentés par André sont d’actualité avec une note d’originalité, ce qui capte l’attention des lecteurs et lectrices et les amène sur des pistes de réflexions intéressantes et pertinentes. De plus, précise-t-il, l’auteur possède une très belle plume, le texte est fort bien structuré et la qualité du français est impeccable.

Toutes nos félicitations André!

De la part de l’Équipe éditoriale et des membres de la Presse Missionnaire MIC

Le Précurseur Vol. 55 No 1 Janvier*Février* Mars 10212 p.21

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L’Église de Montréal affiche ses couleurs!

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Vendredi 10 février 2012
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« Gomez et Pacioretty exaucés » est le titre du texte de Marc Antoine Godin, chroniqueur sportif dans le journal La Presse, en ce vendredi 10 février (Cahier sports page 1) car la Sainte Flanelle (le Canadien) l’a emporté la veille 4-2. Ce texte de monsieur Godin débute ainsi : « Dans sa plus récente campagne publicitaire, l’Église catholique de Montréal dit qu’il faut prier pour que le Canadien participe aux séries. » Monsieur Godin fait référence à cet immense panneau publicitaire gris pâle (couleur ecclésiastique?) paru justement la veille dans le cahier Sports de La Presse (page 5) sur lequel l’Église catholique de Montréal nous invite à prier pour que le Canadien de Montréal participe aux séries en se classant 8e. Un panneau subtil! On peut y lire le classement actuel des équipes de la première position à la 7e (Rangers NY, Boston, Washington,…), le mot PRIONS en 8e position, un trait de séparation, puis les positions des autres équipes (9e, 10e,…) sauf celle du Canadien et le nom de la personne morale qui a dû payer ce chef-d’œuvre d’ambiguïté : l’Église catholique de Montréal. Le panneau est paru la veille au matin, Gomez et Pacioretty ont permis au Canadien de gagner le soir même, donc continuons de prier, frères et sœurs en Jésus-Christ! (Voir une photo)

Incroyable! Comment l’évêque d’un diocèse peut-il galvauder ainsi le sens du mot prière? Comment peut-il laisser entendre qu’en priant on a plus de chances de gagner et que… notre manque de prière pourrait être responsable de notre défaite: Dieu serait-il du côté des gagnants? Et à notre époque, il me semble que les gagnants sont plus souvent qu’autrement des nantis, des gens de pouvoir économique et financier qui donnent quand ils savent que ça leur rapportera plus, des gens qui ont su bien se placer les pieds, des gens spécialistes des petits mensonges… un à la fois. L’Évangile qui oriente ma conduite me présente Jésus proche des « loosers », proche de ceux et de celles que nos choix de société conduisent dans la marge. Pendant 20 ans, j’ai travaillé avec des enfants en difficulté d’apprentissage et de comportement au secondaire et ce n’est pas leur manque de prière qui nuisait à leur réussite ni leurs efforts!

Ce panneau publicitaire présente l’Église de Montréal comme un organisme inséré dans les enjeux de sa société, proche de la population, à son écoute… pourrait-on dire. Et il se pourrait bien que cette STRATÉGIE de la boîte de communication, créatrice de cette « trouvaille », fonctionne (elle a gagné beaucoup de prix et de médailles) et rapporte des sous à l’institution ecclésiale : alors je me réfère à Jésus qui, au début de son ministère, a dû réfléchir et écarter de ses valeurs des tentations importantes (la Réussite, l’Argent, le Pouvoir,…) pour annoncer la Bonne Nouvelle. Cette couleur bleu/blanc/rouge choisie par l’évêque est-elle conciliable avec le service des pauvres en premier? Par ce coûteux panneau publicitaire (20 cm x 32 cm, ce ne doit pas être donné), l’évêque habituellement silencieux vient de parler mais je ne l’ai pas souvent entendu s’exprimer aussi clairement sur des réalités comme le manque de logements sociaux à Montréal, les pertes d’emploi, l’appauvrissement et l’itinérance, le mauvais traitement souvent réservé aux aînés et aux enfants, le salaire des gestionnaires, la collusion et la corruption généralisées, les écoles qui tombent en ruine,… car il risquerait de ne plus être applaudi par ceux et celles qui sont d’accord avec son silence et ses prières pour le Canadien. Pourquoi pas un panneau semblable et ces mots : INDIGNONS-NOUS, MONTRÉAL! Et signé : l’Église de Montréal

Prier n’est pas une tentative pour influencer Dieu et la Vie, ni une supplication pour être bien traité par la Vie. Prier est un mouvement continu pour entrer dans le regard de Dieu sur la réalité humaine : la mienne et celle de l’Humanité. Un mouvement au cours duquel nos yeux et nos oreilles s’ouvriront parfois pour le voir et l’entendre à travers les autres qui en arrachent avec leur vie. Prier est une éclaircie qui ouvre en nos cœurs une brèche qui facilitera à l’espérance, à l’audace, à la fidélité, au pardon, au « mal des autres » comme dit Dan Bigras, un chemin vers mon prochain. Est-ce que le Canadien a besoin de nos prières?

La laïcité est une merveilleuse occasion pour l’Église de redéfinir son identité dans un monde de post-chrétienté afin de faire sa part pour répondre à d’angoissantes questions existentielles incontournables comme pourquoi vivre et comment vivre ensemble, et ce n’est pas ce panneau publicitaire, ce style ambigu de présence au monde, qui y contribuera.

André Gadbois

Forum André-Naud (FAN) de Montréal et fan du Canadien

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Une possible Église pour le 3e millénaire

Auteur: Pierre-Gervais Majeau ~ Publié le Vendredi 3 février 2012
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La question de l’avenir de l’Église se pose maintenant de plus en plus quand on regarde les signes qui se multiplient aujourd’hui : décroissance, abandon, distanciation… Une possible Église pour ce millénaire? Mais à quelles conditions? Il faudra accepter comme chrétiens que l’Église quitte tout contrôle et toute prétention à posséder le salut. Elle n’est que signe de salut, sacrement de salut mais non pas Salut. L’Église devra aussi quitter toute hégémonie, tout embrigadement, toutes tentations de monopolisation. Elle devra accepter de perdre le contrôle en acceptant de ne plus couvrir tout le territoire. C’est Dieu-Père qui sauve universellement, lui seul couvre tous les continents! L’Église est signe signifiant et anticipant du Salut. Elle devra donc accepter une certaine déconstruction administrative et un certain dégraissage doctrinal.

Après deux millénaires, notre Église traine des valises encombrées et pour l’illustrer, j’emploierai la parabole du chat. Un chat entra un jour dans une église abbatiale et vint se coucher au pied de l’abbé, durant l’office du matin. Et l’abbé l’accueillit et le garda auprès de lui. Le chat venait tous les jours à l’office et se couchait ainsi auprès de l’abbé. Par la suite, l’abbé mourut également. Le nouvel abbé adopta le chat orphelin et le laissa à ses pieds au cours de l’office. Mais comme un malheur ne vient pas tout seul, il arriva que le chat mourut aussi. Les jours passèrent et au chapitre de la communauté, on en est venu à se poser la question suivante : « Devrions-nous avoir un nouveau chat car il y a toujours eu un chat au pied de l’abbé durant les offices? » C’est comme cela que se sont multipliées les traditions ecclésiales, par couches successives au fil des siècles. Il est venu le temps d’un certain élagage afin de rendre possible une expression de la foi dans la culture de ce siècle-ci.

Pour y arriver, il faudra accepter de pratiquer un œcuménisme non plus de confrontation mais de convergence. Toutes les Églises peuvent être Signes de Salut car chacune, ayant son charisme et sa culture propre, apporte une couleur et une particularité dans l’annonce et la pratique de l’Évangile devenant ainsi d’une façon historique, Signe du Christ inaugurant le Salut. L’Église devra quitter la tentation du nombre à tout prix au risque de réduire les critères d’admission pour travailler sur la qualité du Signe dont elle est chargée. Signe de Salut, Révélation de Salut : donc forcément signe minoritaire. L’Église sera Signe sans crispation, sans désir hégémonique et sans rêve de contrôle car elle n’est pas propriétaire de ce Salut qu’elle annonce car c’est le Dieu-Père seul qui est Acteur du Salut. L’Église est prophète annonçant le Salut et le prophète ne tient pas la place de Dieu. Notre Église devra accepter de vivre l’expérience d’Élie qui a abandonné sur le Mont Carmel tous ses rêves totalitaires pour se recentrer sur ce Reste-Signe. Les oracles des prophètes ont sans cesse rappelé l’existence du petit Reste. Sans être élitistes, nous accepterons nous aussi qu’il en soit ainsi!

Aujourd’hui, nous vivons un tournant culturel total, universel, mouvementé et révolutionnaire. L’Homme est devenu capable de toutes les dérives possibles, il en a les moyens. Il a arraché par les moyens scientifiques, techniques les pouvoirs autrefois dévolus aux pouvoirs religieux et aux dieux antiques. L’humanisation est désormais son affaire, il est maitre de son destin et c’est tant mieux! Aux croyants maintenant de devenir des hérauts d’une divinisation de l’homme, d’une plénitude possible par pure grâce! Devant cette situation inédite, les tentatives intégristes se multiplient pour maintenir l’homme sous la coupe des pouvoirs de contrôle. Ces pouvoirs de contrôle ne sont pas des signes de salut! Une autre nouveauté est à souligner encore : la médiatisation instantanée : nous sommes spectateurs culpabilisés ou complices du mal-être universel. Devant ce drame humain, Dieu semble absent car Il se veut non interventionniste mais plutôt inspirant. Citons ici François Varone : « La religion est perçue comme inefficace, pratiquée comme folklorique, apaisante, ou comme ultime recours, et radicalement rejetée quand elle se prétend référence absolue, censure autoritaire ou menace de maux et de mort. » ( In Inouïes les voies de la miséricorde, p.172.) De plus, la remise en question de la religion est interne. Les prises de parole se multiplient sans cesse remettant en question certaines pratiques ecclésiales.

Devant cet état de fait, l’Église est à une intersection : aller vers la voie de la crispation, du raidissement doctrinal et disciplinaire pour maintenir son rêve de chrétienté universelle, maintenir un bloc ecclésial sans faille et imposant, totalitaire et répressif, hiérarchisé. Maintenir à tout prix  un organisme doctrinal, moral, rituel, accrédité par Dieu devant l’Histoire comme moyen unique de Salut pour permettre à tous les Adams rebelles de passer au Salut en passant par le Christ obéissant ou encore, comme deuxième voie, prendre le chemin du Reste porteur de sens et d’espérance. Un Reste qui ne s’épuisera pas à maintenir des structures branlantes et des façades lépreuses d’une puissance historique passée en quittant résolument la tentation de pouvoir tout couvrir et tout régenter. Non plus maintenir à tout prix des structures d’un autre temps mais créer des signes nouveaux de salut.

Pour terminer, je reprendrai les propos de François Varone : « C’est la Parole de Dieu qui a fait d’Israël le signe de la Patience universellement salvifique et qui, du même coup, a fait de l’Église le signe anticipatoire de la Miséricorde. Dans le prochain millénaire, la main du christianisme ne restera vivante et souple, dans l’immense corps malmené de l’humanité angoissée, qu’en signifiant ce dont il est déjà instruit par révélation : LE SALUT DE TOUS LES HOMMES PAR LA MISÉRICORDE DE DIEU. » ( In Inouïes les voies de la miséricorde, pp 173-174.) Acceptons comme Église d’être encore dans ce long temps de la Patience tout en portant  et en anticipant le Signe du salut en se rappelant que c’est le Dieu-Père qui enfermera tous les hommes dans des vases de miséricorde après les avoir longtemps enfermés dans des vases de patience. Il est le seul acteur du salut! En terminant, nous rappelons comment le théologien François Varone nous a guidé dans notre réflexion.

-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette, QC.

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