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L’insoutenable timidité des évêques canadiens

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Samedi 18 mai 2013
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En marge du Synode des évêques de 2012
Dans le cadre du synode 2012 portant sur La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, le réseau Femmes et Ministères faisait parvenir aux évêques délégués trois propositions susceptibles de contribuer à la nouvelle évangélisation. Le Synode offrait aux délégués des conférences épiscopales une occasion réelle pour discuter de la possibilité d’ouvrir certains ministères aux femmes. Ces propositions portaient sur les ministères du lectorat, de la parole, du diaconat permanent.
Par la suite, nous leur avions aussi fait parvenir l’appui de 300 personnes, hommes et femmes, et d’associations engagées à divers titres dans l’Église.
Le Synode a présenté 58 propositions au pape. La proposition 46 qui traite de la collaboration des hommes et des femmes dans l’Église louange les femmes, mais sans leur reconnaître la place qui normalement devrait leur revenir. Rien n’indique que les suggestions de propositions que nous leur avions transmises n’aient été prises en compte.
Nous vous communiquons la réaction du réseau Femmes et Ministères rédigée par Micheline Laguë :
En espérant l’établissement d’un vrai dialogue pour permettre un renouvellement de l’évangélisation de Peuple de Dieu vivant au XXIe siècle,
Le réseau Femmes et Ministères
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Appelés à vivre

Auteur: Robert Hotte ~ Publié le Mercredi 1 mai 2013
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«Notre propre vie ne nous est pas propre : elle s’est d’abord faite en nous sans nous. Puis vient le jour où, ayant appris à se posséder mieux, revient à chacun le pouvoir de refuser cette vie reçue passivement. N’est-ce pas là la liberté par excellence : dire non à ce qui s’impose sans se proposer ? Mais il est une autre liberté, plus généreuse, plus large et plus pleine de risques, dont le Petit traité de la joie se fait l’éloge : consentir à la vie, ouvrir les bras à ce qui fut d’abord étranger. Non pas d’un oui du bout des lèvres : la question du consentement à l’existence est, selon le mot de Nietzche, «la question primordiale». D’une telle question dépend notre façon d’accueillir le passé comme d’engager l’avenir. Elle exige donc, en guise de réponse, que nous offrions à l’existence un oui à la mesure de nos vies : ample comme le sont nos peines, surabondant à la mesure de nos joies. Alors, cherchant moins à conquérir qu’à recevoir ce qu’on a, la vie apparaîtra comme ce qu’elle est : une présent auquel on peut apprendre à être davantage présent.»

À partir de ce livre j’ai eu la réflexion suivante. Pourquoi exister, je n’ai pas demandé à naître. Pourtant, si je n’avais pas existé que de choses auraient été différentes. Ma vie de couple ne serait pas advenue. Mes enfants ne seraient pas nés et donc la lignée familiale serait inexistante. Ma liberté ne consiste donc pas à choisir si je dois naître ou non mais quel genre de vie je vais mener. Je constate d’abord que la vie n’est pas juste mais elle est quand même bonne. Elle nous permet d’exister et de faire des projets. Je me suis donc lancé dans l’aventure humaine et avec Gemma nous avons fondé une famille. Cela s’appelle exister car tu ne peux exister que par et avec les autres. Nous avons alors mis sur pied un projet de bonheur pour nous apercevoir que personne n’est responsable de notre bonheur sinon nous. Nous nous sommes mis en route à la recherche de ce bonheur si essentiel à notre nature humaine.

Le bonheur, ce n’est pas la joie à chaque jour de la vie. Il y a des jours où l’on pleure. Pleurer avec quelqu’un, ça guérit mieux que pleurer seul. Parfois viennent des jours de doute sur soi et les autres. Quand nous sommes dans le doute, faisons juste un pas en avant. Ça s’appelle faire confiance. Pas facile à vivre ces moments-là. Par contre, nous devrions nous efforcer de ressentir notre existence come un don, comme une bénédiction. Mais, en cas de catastrophes, si tu veux, tu peux toujours t’en prendre à Dieu. Il n’y a pas de problème à être en colère après Dieu. Il peut le supporter. Il peut même te supporter. Eugen Drewermann dans son livre «Sermons pour le temps pascal» présente Dieu comme notre allié car sans lui nous ne pouvons exister : «Le simple fait d’exister, le seul fait qu’il nous soit donner de vivre, suffit à montrer que Dieu est notre allié». La fameuse question pourquoi moi lors d’événements malheureux se posera invariablement à toute personne. C’est le temps de prendre une bonne respiration. Ça calme l’esprit et ouvre le cœur. Ça nous évite de tomber dans l’absurde, comme le dit Eugen Drewermann dans son livre «Quand le ciel touche la terre» : «Je ne sais pas pourquoi j’ai vécu ou pire : Je ne sais même pas qui je suis, ni quel sens a pu avoir mon existence.» Or c’est pour nous-mêmes que la vie doit avoir sa valeur, sinon, nous l’avons décidément ratée. C’est alors qu’il faut mettre de l’ordre dans sa vie et se débarrasser de tout ce qui n’est pas nécessaire, joli ou joyeux. En d’autres mots, vivons puisque nous existons et qu’aujourd’hui est toujours spécial. N’oublions pas d’encadrer chaque soi-disant catastrophe par ces mots «dans cinq ans, est-ce que cela aura de l’importance» ? Le temps guérit presque tout alors donnons du temps au temps.

Je ne saurais terminer ce texte sur la nécessité de s’ouvrir à la vie sans vous rappeler que tout ce qui compte à la fin, c’est que nous ayons aimé. Le meilleur est à venir car même si la vie n’est pas décorée par un ruban, elle demeure quand même un cadeau à ne pas gaspiller. Et au lieu de dresser la liste de nos péchés, ne pourrions-nous pas réfléchir à nos envies, à ce que nous désirons vivre? Quelle forme de vie voulons-nous privilégier, aujourd’hui en se disant «qu’on a la beauté de ses espoirs» (Drewermann dans «Quand le ciel touche la terre»). Le même auteur poursuit : «Il y a des gens qui n’ont jamais cessé de chercher, de questionner, de croire, d’espérer, et c’est ce qui en fait des humains et les a rapprochés de Dieu souvent même à leur insu». Quand à y être, je citerai encore mon théologien préféré : «Si nous sommes dans l’existence, c’est qu’on a souhaité notre présence, que nous avons été conviés, appelés.» C’est ainsi que le peu de bien que nous faisons dans le monde nous rend plus humain. Et pour Dieu, je crois sincèrement que c’est cela qui compte.

 Robert Hotte d.p.

 

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LES PLEURS D’UN ENFANT

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Samedi 27 avril 2013
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Dans la revue Le Monde des religions (numéro 57), Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral en France, se  souvient d’une célèbre légende hassidique où il est dit qu’un jour le Rabbi Shneour Zalman de Liady, fondateur de la tradition loubavitch et maître respecté, étudiait le Talmud. Soudain il entendit son petit-fils pleurer dans son berceau et alla immédiatement le consoler. En revenant vers sa chambre, il trouva dans la pièce voisine son fils, le père de l’enfant, immergé dans l’étude du Talmud. Il lui dit alors : « Mon fils, sache que si tu n’as pas entendu cet enfant pleurer, c’est que ton étude est mauvaise. »

Commentant cette légende, madame Horvilleur écrit que « la piété véritable consiste parfois à savoir interrompre l’étude, à fermer le livre pour se tourner religieusement vers l’autre. Ce récit dit aussi que l’étude n’est pas bonne inconditionnellement ou par essence : elle ne l’est que lorsqu’elle accompagne l’écoute, la garantit ou peut-être même l’aiguise, c’est-à-dire lorsqu’elle stimule notre capacité d’entendre le monde. Ce monde a ici la voix et le visage d’un enfant qui pleure, d’une humanité vulnérable, placée dans le dénuement extrême de la peur, de la faim et de la dépendance. Qui saura l’entendre? Qui pourra l’apaiser. L’étude, comme toute pratique religieuse, fait courir le risque d’un retrait du monde et d’une surdité à l’autre. »

Ce commentaire de Delphine Horvilleur m’a fait penser à mon Église, une institution qui étudie beaucoup, réfléchit beaucoup, prie beaucoup et célèbre beaucoup, surtout durant la Semaine sainte. Ne devrait-elle pas interrompre plus souvent ses études et spectaculaires célébrations pour se tourner vers l’autre et entendre notre monde qui pleure, victime de la peur, de la faim, de la violence, de l’injustice des petits seigneurs en train de tout saccager (eau, santé, terres agricoles, forêts, éducation, information…)? « Le renouveau de l’Église et la nouvelle évangélisation passent par la rencontre avec les personnes brisées par la misère et l’isolement » écrit Jean Vanier dans son récent livre sur Les signes des temps à la lumière de Vatican II. (p. 140) L’Évangile de Luc (4, 16-20) précise que Jésus se rendit à la synagogue, déroula le rouleau du livre d’Isaïe, lit un passage et le commenta, ferma le livre et sortit pour le réaliser car il avait entendu pleurer l’humanité présente dans son coin de pays.

Ce commentaire de madame le rabbin (une telle expression est agréable à écrire) m’a mis aussi en communion avec toutes ces femmes et tous ces hommes qui, sans référence religieuse ou une différente de la nôtre, quittent leur étude pour se rendre consoler et soulager cette humanité qui crie et pleure, multiplier les pains, changer la désespérance en désir de vivre, transmettre aux autres générations des raisons de vivre et d’espérer. « Lire les signes des temps, c’est donc repérer et admirer chez autrui, souvent chez ceux où on ne s’y attendait pas, LE signe messianique  par excellence qu’est la foi en tant que courage d’envisager un avenir. Chaque fois que cela se produit, c’est un événement qui se remarque à partir de son rayonnement et de la contagion qu’il provoque. » (Christoph Theobald)

La résurrection du prophète de Nazareth est plus qu’un fait situé dans un passé précis : c’est la dispersion et l’offre d’un Souffle et d’une énergie au travail dans le Ciel et sur la Terre pour faire des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Ressuscité, Jésus est aussi ressuscitant et ne se laisse pas arrêter par une Église qui, à l’étude , se comporte souvent comme sourde aux autres (voir le saccage de Développement et Paix, et l’interdiction de travailler avec un partenaire caritatif non catholique). L’énergie du Ressuscité est comme le vent : présent et effacé mais on peut voir les effets contagieux qu’il provoque. En ce temps de mort et de résurrection, je rends grâces au Seigneur pour tous ces êtres humains de bonne volonté qui ont entendu des pleurs et sont sortis de chez eux pour consoler le petit ou le grand enfant qui pleurait.

Joyeuse Pâque à vous!

André Gadbois

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François ouvre par ses paroles et ses gestes l’espoir d’une profonde réforme

Auteur: Jean-Pierre Proulx ~ Publié le Lundi 22 avril 2013

Malgré les images d’une  Église surannée et dépassée

Le monde entier a vécu le temps entre la démission de Benoit XVI et le conclave essentiellement à travers des images, bien plus qu’à travers la parole. Celle-ci fut plutôt un incessant verbiage. Autant les images de cette Rome baroque furent splendides, autant les paroles sont apparues vides. Mais en fait, à quelle Église ont renvoyé ces images ?

D’abord, la première fut celle d’une institution anachronique et passéiste. Nous avons vu chaque jour des hommes d’Église, vêtus à la manière de l’aristocratie de la Renaissance. Encore en 1930, on y tenait. Le pape d’alors avait décrété :  «Les éminentissimes cardinaux, assimilables qu’ils sont aux Princes de sang, doivent avoir, en toute circonstance, la préséance sur tous, à l’exception des Souverains et des Princes Héréditaires ».

Paul VI a heureusement abrogé cette norme. Mais n’empêche, les cardinaux ont, pour l’essentiel, conservé l’accoutrement de leurs prédécesseurs inventé il y a cinq siècles, tout comme les gardes suisses. La note de 1930 disait encore : « Plus le prestige du Sacré Collège sera élevé dans l’estimation générale, plus sera grand l’honneur rendu au Souverain Pontife et au Sacré Collège». Cet esprit n’est pas complètement disparu. Sinon pourquoi avoir conservé ce symbolisme vestimentaire d’Ancien Régime? Les cardinaux apparaissent comme des hommes de cour qui voltigent autour du pape, comme le font pour eux les monsignori du « palais pontifical ».

Les images nous ont montré encore une Église uniformément romaine. Quel message envoient tous ces ecclésiastiques formant une seule caste, mais pourtant  hiérarchiquement distinguables à la couleur violette, rouge ou pourpre du liséré de leur soutane, de leur ceinturon et de leurs calottes?

Pourtant, ces cardinaux ne sont pas des Romains. Ils sont d’Afrique, d’Amérique, d’Asie divers comme les nations auxquelles ils appartiennent. On a parlé de l’inculturation des Églises après le concile Vatican II, mais on vit encore avec une institution romaine uniforme. Et pire, cette uniformité passe par des normes universelles que Rome impose partout. Comment comprendre, par exemple, que les divorcés remariés sont toujours exclus de la table eucharistique à l’encontre de l’Évangile? En fait, l’institution est incapable de se soustraire à la mentalité juridique dont elle a hérité de l’Empire romain d’Occident. Elle en a pris la relève en étendant et contrôlant ses « provinces ecclésiastiques » jusqu’au plus lointain Orient!

  La télévision nous a encore donné le spectacle d’une Église riche, tant par le décor que par ses acteurs à travers leurs rituels pompeux. Certes, les marbres de St-Pierre de Rome font partie du patrimoine culturel de l’humanité, tout comme les fresques de la chapelle Sixtine. N’empêche, cette grandiose cathédrale, financée à coup de vente d’indulgences, a engendré la Réforme et les Guerres de religion.  Que fera et comment fera le pape François pour que, malgré ce décor inestimable, change cette image, lui qui veut faire de l’Église  une Église des pauvres?

Nous avons vu aussi à Rome une institution, essentiellement masculine. Les femmes se tenaient toutes de l’autre côté des barrières élevées place St-Pierre. Les hommes ensoutanés, eux étaient tous du côté de la basilique.

  Enfin, les images nous ont montré une institution obsédée par le secret. Les cardinaux ont tenu des « congrégations générales »  à huis clos! Quelques-uns d’entre eux, Allemands et États-Uniens, trop bavards au goût de la curie, se sont fait dire de se taire.  Ainsi, la communauté des croyants a été tenue sciemment dans l’ignorance de l’analyse qu’en ont fait les cardinaux des enjeux qui la concernent. Ce sont les journalistes qui se sont chargés de les évoquer en reprenant toujours les mêmes refrains sur les prêtres pédophiles et le Vatileaks. Ce sont les seuls enjeux en effet qui étaient déjà publics. Mais sur la réforme de la curie, on n’a entendu que des spéculations. Et pour cause : elle est la championne du secret. On a donc, comme d’habitude,  spéculé sans fin et en vain, sur les papabiles.

Une vieille règle canonique a, dans l’Église antique, pourtant eu plus de fortune : « Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet ». Traduction : « Ce qui concerne tout le monde doit être débattu et approuvé par tout le monde ». Les démocraties modernes ont en fait leur règle. Dans l’Église, on se cache pour gouverner, à Rome comme ici.  Que le conclave se réunisse dans un huis clos strict, on comprend. Les rois  ont souvent tenté d’imposer leur pape comme des papes ont déposé des rois. Aussi, tant mieux si l’élection du pape se passe maintenant dans la plus grande liberté. Mais, il y a un temps pour la délibération ouverte et un temps pour la discrétion.

À propos de l’élection du pape d’ailleurs, le problème n’est pas le secret au conclave, mais sa composition. Les cardinaux sont tous les créatures du pape. Leur accès à ce titre a peu à voir avec leurs mérites, mais bien avec le prestige de la ville dont ils sont archevêques ou de la position qu’ils occupent au sein de la curie. Si l’on prenait au sérieux le caractère communautaire de l’Église, on aurait sans doute trouver meilleure formule. Ainsi les présidents des conférences épiscopales représentent certainement mieux les Églises nationales que les cardinaux.

Je vois dans ce huis clos structurel, la raison principale de ce que j’énonçais au début : on n’a eu droit qu’à de belles images, mais pour le reste on a entendu des paroles vaines, spéculatives, redondantes. La responsabilité en revient à ceux qui auraient pu parler et qui se sont tus.

En somme, il nous reste de cette période l’image d’une Église d’antan, uniforme, riche, masculine et secrète. On a beau expliquer par la sécularisation, l’abandon de l’Église par la majorité des catholiques d’Occident. Mais pourquoi demeurerait-on ou reviendrait-on dans cette institution encore si mal à l’aise avec la modernité? Pourtant, les  croyants comme les incroyants d’aujourd’hui ont fait de celle-ci un point de repère incontournable de leur vie personnelle et collective. Ils considèrent le pluralisme comme une valeur; ils adhèrent à la démocratie et se battent pour en réformer les déviances; ils combattent pour l’égalité des hommes et des femmes; ils s’indignent des inégalités  sociales et de la pauvreté; ils luttent pour la transparence de nos institutions. Pourquoi, dans l’Église, refuser de voir là les « signes des temps » dont a parlé Jean XXIII.

Mais voilà que le monde entier a été surpris par l’élection du pape François. Ses paroles et ses gestes en faveur des pauvres redonnent aujourd’hui espoir aux croyants. Tout comme ses propos sur le pouvoir dont il est revêtu et qu’il présente comme un service évangélique. Ses gestes de simplicité fraternelle touchent aussi. On n’avait jamais vu un pape, à la sortie de la messe paroissiale, embrasser et se faire embrasser sur les deux joues autant par les hommes que les femmes.

Mais pour réformer l’Église, il faudra aller plus loin. Les défis sont autrement plus grands : le poids des traditions est extrêmement lourd. À cet égard, François aura besoin de l’appui des communautés et du collège des évêques. Il faudra surtout libérer la parole des croyants et qu’elle  soit enfin transmise et entendue.

Jean-Pierre Proulx

journaliste et professeur retraité

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Peut-on être espérant et critique ?

Auteur: Dominique Boisvert ~ Publié le Mercredi 3 avril 2013
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C’est la question que je me suis posée en lisant plusieurs textes envoyés par mes amiEs chrétiens « de gauche » suite à l’élection du nouveau pape François.

Dans nos milieux de chrétiens engagés, il est de bon ton d’être « critique » : il ne faudrait surtout pas être surpris en train de « baisser la garde »! Ni se laisser aller à des espoirs qui risqueraient d’être déçus. Notre souci d’« analyse » prend le pas sur la confiance et le besoin quasi maladif d’identifier les problèmes existants nous empêche trop souvent de nous réjouir sans arrière pensée de ce qu’il peut y avoir de positif dans une situation donnée.

J’aurais plein d’exemples à donner. Je me contenterai d’un seul texte, à titre d’illustration d’une tendance fort répandue. Je précise que j’ai une grande estime pour l’auteure du texte et son œuvre, et j’élargirai très vite le débat au-delà du texte cité pour aborder les questions de fond que je veux soulever.

 

L’exemple d’Ivone Gebara

Dans son texte « Un nouveau pape. La géopolitique du secret », daté du 14 mars (lendemain de l’élection du pape François), Ivone Gebara, importante théologienne brésilienne, met en opposition les « premières émotions devant un pape sud-américain à l’expression aimable et cordiale » avec la nécessaire « critique à l’égard de ce système [de secret entourant l’élection du pape] pervers qui continue à utiliser le Saint Esprit pour le maintien de postures ultra-conservatrices revêtues d’apparences de religiosité et de soumission bonasse. »

Je ne voudrais pas citer Ivone hors-contexte (son texte a quand même 2½ pages), mais le ton général est sans ambiguïté : ceux et celles qui se réjouissent des premiers gestes du pape François sans y ajouter aussitôt des réserves sont associés aux « peuples [qui] applaudissent sur les grandes places publiques, [qui] s’émeuvent, prient et chantent pour que les bénédictions divines tombent sur les têtes des nouveaux gouvernants politico-religieux. » Tandis qu’ « Écrire sur ˝ la géopolitique du secret ˝ au temps de l’euphorie médiatique, c’est gâcher la fête des petits vendeurs du temple rendus heureux par leurs baraques pleines de chapelets, scapulaires, flacons d’eau bénite, images grandes et petites de beaucoup de saints. » Bref, l’émotion populaire inconsciente contre l’analyse critique rigoureuse. D’ailleurs, ne manquant pas d’autocritique, elle ajoute que « Nous sommes complices du maintien de ces pouvoirs ténébreux qui nous enchantent et nous oppriment en même temps. Nous surtout, qui possédons plus de lucidité sur les processus politiques et religieux, nous sommes responsables de l’illusion (…). » (les italiques sont de moi).

J’aurais bien des choses à dire sur le texte d’Ivone, mais ce n’est pas ici la place. Mon propos est plutôt de soulever une question fondamentale : quelle est la place de l’espérance pour nous, chrétienNEs engagéEs et critiques? Et comment la vivre concrètement dans un événement comme celui que nous venons de vivre suite à la démission du pape Benoît XVI?

 

Espoir(s) et espérance

Durant toute la période préparatoire au conclave, j’étais partagé entre des « espoirs réalistes » (qui variaient selon les jours et les nouvelles) et une véritable espérance (qui, elle, était beaucoup plus stable).

Les espoirs, nombreux et parfois un peu fous, allaient évidemment dans le sens de l’Église dont on rêve, celle entrevue durant Vatican II, qui saurait s’ouvrir à une véritable rencontre avec notre monde contemporain, ses défis, ses grandeurs et bien sûr ses misères. Pour moi, l’espoir est le sentiment humain qui porte mes rêves et mes désirs; mes espoirs sont mes souhaits vécus et ressentis « à vue humaine ». Et comme l’Église-Institution et ses cardinaux, électeurs ou non, de même que son Histoire millénaire comme son histoire récente, sont ce qu’ils sont, un minimum de réalisme m’obligeait évidemment à tempérer mes espoirs.

Pourtant, comme disciple de Jésus et de sa Bonne Nouvelle, j’étais et je demeure profondément espérant (ou plutôt : j’essayais et je continue d’essayer d’être chaque jour le plus espérant possible). Non pas en raison de l’élection du pape François (même si celle-ci a ravivé plusieurs de mes espoirs). Mais en raison de l’Amour et de l’Alliance annoncés par Dieu, ses prophètes et par son Fils lui-même, dans sa vie comme dans l’Évangile qui nous a été transmis à travers les siècles. Cette espérance est spirituelle, antérieure aux (et indépendante des) péripéties ecclésiales, romaines ou plus universelles.

« À vue humaine », les espoirs comme le pessimisme de nos analyses peuvent se confronter ou se justifier : seuls le temps et l’histoire détermineront qui avait raison, et jusqu’à quel point. Mais « à vue évangélique », seule l’espérance a sa place, même s’il faut souvent, comme nos ancêtres dans la foi, « espérer contre toute espérance ».

 

Espérance, espoir(s) et le pape François

Quel que soit l’inconnu qu’allait nous révéler le « Habemus papam », l’espérance évangélique qui n’est qu’un autre nom de l’Amour nous invitait déjà à l’ouverture et à la confiance : Dieu (bien sûr à travers toutes les médiations bien humaines –et donc faites du meilleur et du pire– des cardinaux et du conclave) allait continuer d’être présent au monde et à son Église à travers le 266e successeur de Pierre (selon notre décompte historique officiel).

Ce nouveau pape a bien sûr nourri, par de nombreux gestes qu’il a posés dès la première semaine qui a suivi sont élection, cette espérance spirituelle. Mais il a tout autant, et pas seulement chez les chrétiens, réjoui des cœurs et suscité des espoirs pour un autre visage d’Église (et donc de Dieu) offert au monde : un visage de bonté, d’accueil et de tendresse (trois autres noms de l’Amour). Plein de gens, dans l’Église et hors de l’Église, ont été touchés par cet homme, son sourire, ses paroles, ses actes du quotidien : faudrait-il bouder notre plaisir sous prétexte que ces réactions bien humaines et légitimes relèvent des émotions? Faudrait-il lever le nez sur la proximité qu’a vécue le cardinal Bergoglio avec les pauvres et les petites gens et sur l’intérêt qu’il leur a porté sous prétexte que cela ne s’attaque pas automatiquement aux causes et aux structures de la pauvreté? Le sourire et la simplicité du pape François sont-ils moins importants ou significatifs parce que ses relations avec les autorités argentines durant la guerre sale n’ont pas été aussi prophétiques qu’on pourrait le souhaiter?

Aucun humain, fût-il pape, ne peut être à lui seul à la hauteur de tous les espoirs humains (d’autant plus que mes ou nos espoirs ne sont pas nécessairement ceux de tous les autres)! Aucun pape, aussi saint soit-il, ne peut non plus combler totalement l’espérance qui est la nôtre, puisque celle-ci aspire à rien de moins que Dieu lui-même et son Royaume.

Le pape François semble vouloir démystifier bien des attitudes et des traditions qu’on croyait immuablement associées à la papauté : tant mieux! Il semble vouloir d’une Église pour les pauvres : si cela se concrétise, ce serait un énorme changement de cap! Il veut une Église d’ouverture, de bonté et de tendresse : quel progrès!

Sera-t-il capable de livrer la marchandise? Nul ne le sait. Son pontificat sera-t-il assez long pour qu’il puisse apporter les changements souhaités? Impossible à savoir. Sera-t-il récupéré ou boycotté par la Curie? Seul le temps nous le dira. Répondra-t-il à tous nos souhaits et désirs légitimes? À cela, au moins, on peut déjà répondre « non » sans aucun risque de nous tromper!

Mais cela n’enlève absolument rien à la joie d’avoir un pape François qui ouvre des portes, secoue les traditions et donne enfin un certain visage humain, et donc limité, à une fonction à la fois spirituelle et humaine : la papauté en ce début du XXIe siècle.

 

La papauté, l’Église et nous

Suivre les événements entourant le conclave (malgré des excès médiatiques comme on en trouve dans tous les événements que les médias jugent –ou rendent—d’importance planétaire), se réjouir (ou pas) du choix du nouveau pape, être envahi d’espoirs (raisonnables ou irréalistes), tout cela ne nous dispense aucunement de revenir à ce qu’est vraiment l’Église depuis Vatican II : le rassemblement du peuple de Dieu, c’est-à-dire nous tous.

L’Église n’est ni le pape, ni la Curie romaine, ni l’État du Vatican, ni les richesses culturelles et patrimoniales accumulées au fil des âges, même si chacun de ces éléments contribue souvent, de façon très importante, à façonner l’image publique (et médiatique) de notre Église.

Même avec François comme pape (et sans doute davantage espérons-le), l’Église c’est nous tous. Nous tous, c’est-à-dire non seulement ceux et celles avec qui je me sens spontanément davantage proche et solidaire (les chrétienNEs de ma gang, ceux et celles qui partagent ma compréhension de l’Évangile et mes priorités sociales et politiques), mais aussi tous les autres chrétienNEs d’ici et d’ailleurs dans le monde, tous ceux et celles qui se reconnaissent comme disciples de Jésus et qui s’efforcent de vivre, au meilleur de leur conscience et dans le concret diversifié de leur culture, l’Évangile au quotidien.

Et donc pour tous les dossiers qui nous tiennent à cœur, y compris tous ceux auxquels le pape François n’apportera sans doute pas (mais peut-être serons-nous parfois surpris?) la réponse que nous aimerions (ouverture du sacerdoce aux femmes ou aux gens mariés, acceptation de l’homosexualité ou de l’avortement, etc.), il n’est pas question de nous en remettre à Rome et de nous contenter d’attendre des « autorités » la réponse à nos questionnements. Comme Jacques Gaillot nous le rappelait, lors d’une de ses premières visites au Québec, « l’Église, c’est vous (et nous) tous : faites-le et ça se fera! »

 

Notre théologie de la libération

Je ne veux pas entrer ici dans une réflexion poussée sur la théologie de la libération (que nous avons nommée au Québec « théologie contextuelle »). J’utilise ici l’expression au sens de la théologie dont les chrétiens progressistes, socialement engagés ou « de gauche » se réclament.

Celle-ci intègre dans sa réflexion, et avec raison, une foule d’outils humains développés au cours des derniers siècles : sociologie, psychologie, sciences économiques et politiques, etc. Je n’ai même pas d’objection, quant à moi, à ce que la théologie tienne compte des analyses et des acquis du marxisme, au même titre que de la psychanalyse et de bien d’autres branches de la recherche et du savoir. Cela n’en fait pas pour autant une théologie marxiste ou psychanalytique.

Mais je dois reconnaître que notre fréquentation des sciences humaines a peut-être émoussé peu à peu la dimension proprement spirituelle de notre foi-telle-que-vécue-dans-notre-pratique-quotidienne.

Faire l’analyse tout à fait utile qu’Ivone Gebara proposait, avant le conclave, dans son texte sur les médiations éminemment humaines que prend l’Esprit Saint pour éclairer les cardinaux n’équivaut pas à dire que l’Esprit Saint n’est que le nom qu’on donne aux tractations humaines ou que la somme de celles-ci. Pour moi, l’Esprit Saint (Dieu) est cette réalité mystérieuse (au sens de mystère) qui transcende notre réalité humaine tout en y étant intimement présente. Et réduire notre lecture de la réalité, fût-elle progressiste, socialement engagée ou « de gauche », à ses seules dimensions humaines (ce que j’ai appelé plus haut « à vue humaine »), est une erreur importante à laquelle nous n’avons peut-être pas toujours échappé.

À nous lire, j’ai parfois l’impression de rencontrer une vision du monde aussi sévère et monolithique que celle que nous avons, à bon droit, très souvent reprochée aux autorités ecclésiales et romaines depuis la fin du Concile Vatican II. Nous souhaiterions souvent imposer notre vision d’Église (place de la femme dans l’Église, morale sexuelle, priorité à l’engagement social concret, théologie de la libération, etc.) à tous les chrétiens, sans toujours tenir compte des contextes culturels et historiques particuliers ou, beaucoup plus simplement, sans tenir compte des sensibilités ou des opinions différentes des nôtres.

Faire Église, en 2013 comme depuis toujours, c’est accepter les différences entre Pierre et Paul, c’est accepter que nul ne peut prétendre connaître ou nommer Dieu, c’est respecter les chemins uniques et particuliers que Dieu invite chacunE à suivre, c’est reconnaître qu’au nom du même Dieu et du même Évangile, deux frères ou sœurs en Christ n’arriveront pas nécessairement, en leur âme et conscience, au même choix ou à la même décision, c’est valoriser aussi bien, comme moyen de rencontrer Dieu, l’émotion que la raison, l’adhésion spontanée que l’analyse.

Mais par-dessus tout, c’est accepter que nos réactions comme nos analyses humaines, aussi importantes et indispensables soient-elles, cèdent ultimement le pas à quelque chose qui les transcende et qui s’appelle la rencontre mystérieuse et privilégiée avec le Tout Autre.

Et cette réalité spirituelle non seulement nous autorise à être « espérant, souriant ou même enthousiaste » (pour reprendre la question du titre), même quand on est des chrétienNEs progressistes et critiques, mais elle nous y invite instamment. Car Dieu est Amour, Dieu aime le monde (y compris dans toutes ses dimensions humaines souvent discutables), Dieu nous veut tous et toutes heureux (chrétiens ou pas) c’est-à-dire sauvés. Et pour en être ses témoins sur la terre, Dieu attend précisément des chrétienNEs cette « joie imprenable » et cette espérance.

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IMAGE ET RÉALITÉ

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Mercredi 13 mars 2013
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Le romancier français Jean d’Ormesson de l’Académie française achève  son « roman fabuleux de l’univers et des hommes » (292 pages) en se demandant qu’est-ce qu’un bon livre? Il répond : « Les bons livres sont ceux qui changent un peu leurs lecteurs » et il donne des exemples dont l’Iliade et l’Odyssée, les Essais de Montaigne, Les Frères Karamazov de Dostoïevski, De l’origine des espèces de Darwin, la Bible, les Pensées de Pascal… et il considère que ce roman fabuleux qu’il vient d’achever de rédiger est un bon livre car il l’a changé, lui. « Il m’a guéri de mes souffrances et de mes égarements. Il m’a donné du bonheur, une espèce de confiance et la paix. Il m’a rendu l’espérance. Et avec cette confiance, avec cette espérance, le monde prend de l’élan, de la hauteur, de la gaieté. Un sentiment d’en-avant s’empare soudain de lui. Il se met à danser. Il donne envie de chanter. Il n’est plus orphelin, il n’est plus inutile. Il a cessé d’être absurde. Il est toujours une énigme. Mais, même si son sens nous échappe, il a enfin un sens. » (*)

Quand je lis, médite et contemple la Bible, spécialement les Évangiles, j’affirme qu’ils me donnent une espèce de confiance, la paix, et qu’ils me rendent l’espérance. Et avec cette confiance et cette espérance, pour moi le monde prend de l’élan, de la hauteur, danse et chante. Le monde demeure une énigme et un lieu de souffrance mais il a un sens. Je reprends et endosse l’énumération des quatre sentiments auxquels s’abandonne d’Ormesson devant le roman fabuleux de l’univers et des hommes : admiration, gaieté, gratitude et « un mélange de chagrin, de pitié et d’espérance » qui n’a pas de nom. Le prophète de Nazareth suscite en moi ces mêmes sentiments identifiés par d’Ormesson, me donne de l’élan par en avant et me donne le goût de travailler pour que celles et ceux que je rencontrerai aient aussi le goût de danser, de chanter et d’espérer, donc d’avoir la vie en abondance.

Malheureusement quand je regarde le spectacle qui se déroule à Rome présentement, cette réunion de « représentants du Christ » cachés dans le luxe pour élire le continuateur de Pierre, j’ai de la misère en maudit. Comment cette institution « en retard de 200 ans » (Mgr Martini), figée, fermée, déconnectée de la réalité actuelle, pourrait-elle contribuer à donner à notre monde blessé de l’élan, de la hauteur, de la gaieté, de l’espérance? Quels sont les traits actuels qui pourraient permettre à notre monde de rapprocher cette institution religieuse de la personne de Jésus, le Verbe de Dieu? Est-ce que la société maintiendra sa confiance en cette institution qui aime le pouvoir, qui impose le silence à ses chefs et qui n’a pas grande considération pour celles et ceux qui ne pensent pas comme elle? Quel est le plus grand souci de cette institution née simplement et humblement à la Pentecôte : celui de son avenir ou celui du monde?

Pourtant il me semble que Celui qui a donné son Souffle à ses premiers disciples et continuateurs avait été assez clair là-dessus! Après avoir arpenté régulièrement routes et champs de son monde, après avoir observé et admiré le comportement au quotidien de ses semblables sans les juger, les condamner ou les repousser, n’a-t-il pas déclaré : « J’ai vu parmi vous des merveilles, du monde intéressé à leurs voisins, des gens soucieux de la paix entre eux, des gens capables de se mouiller pour éviter le mépris et le découragement des plus faibles; j’ai vu des gens parler avec tendresse, consoler, soigner, et se démener pour le rapprochement de tout le monde; j’ai vu des personnes complètement données à leur prochain; et à toutes et tous je dis : « Continuez ainsi car c’est de cette façon que vous édifiez un monde agréable à Celui qui m’a envoyé chez vous.»

À la suite d’un reportage diffusé lundi (le 11 mars) au Téléjournal 18 h de Radio-Canada, Nathalie Petrowski a écrit dans La Presse du 13 mars : « Ça fait mal au cœur, en effet, et encore davantage quand on s’arrête pour opposer l’énormité de la couverture médiatique  du nouveau pape à l’état piteux de l’Église catholique dans la vraie vie à Montréal, aujourd’hui en 2013. » Parfaitement d’accord avec madame Petrowski.

(*) d’ORMESSON, Jean, C’est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont, 2010, 292 pages.

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Un système méprisant

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Mardi 12 février 2013
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Présentement au Québec, la commission Charbonneau est en train de nous tracer les voies qui ont conduit une très grande partie de la population à perdre confiance en la politique, à douter des politiciennes et des politiciens, à devenir cynique, à cesser de rêver à une société fraternelle et égalitaire. Elle cherche à brosser un tableau des causes qui ont altéré ce rêve et porté préjudice aux citoyennes et aux citoyens. On y entend souvent les mots corruption et collusion. Par un questionnement rigoureux inspiré de patientes et minutieuses enquêtes policières, les membres de cette commission s’efforcent de construire le casse-tête qui a permis à un large réseau de privilégiés de s’enrichir  grassement au détriment d’une population manipulée. Bien sûr, cette commission était demandée depuis longtemps par d’infatigables partisans et partisanes de l’équité, de la transparence et de la reddition de comptes; pendant longtemps, elle fut refusée. Maintenant nous saisissons pourquoi. La voilà à l’œuvre… et déjà nous percevons ce SYSTÈME bien rodé qui a permis à quelques-uns de manger beaucoup mieux que la majorité, de manger plus parce que d’autres mangeaient moins. Dans une mangeoire pour oiseaux, les geais bleus font la loi.

Le pape Benoît XVI se retirera bientôt et un conclave permettra de lui trouver un successeur. Ça jase dans les chaumières. Dans ma chaumière je me demande quel cardinal pourrait redonner à l’Institution catholique romaine sa vigueur évangélique, son esprit des premières années qui ont suivi le concile Vatican II. J’assume ma réponse : aucun car cette Institution qui se cherche un pape est un SYSTÈME mis en place habilement au cours des siècles par des fonctionnaires convaincus de leur idéologie qu’ils osent nommer Esprit saint. Un système qui n’a rien à voir avec l’attention de Jésus pour les plus bas de la société, rien à voir avec la gratuité de Jésus, rien à voir avec l’approche confiante de Jésus envers le Monde. Jésus savait lire les signes en son temps : un système ne peut lire les signes du temps. « Il faut être en prise avec la réalité pour voir les signes. Il faut aussi ne pas avoir de préjugés ou, si nous en avons, il faut qu’ils s’estompent pour laisser surgir toute la force de la réalité. Le péché ne réside-t-il pas dans les idéologies qui nous empêchent de lire les signes? Le péché, c’est se couper du réel. » (1)

Le récent texte des évêques catholiques romains sur la nouvelle évangélisation et les critères imposés par le pape pour « avoir le droit » de travailler avec un organisme caritatif non catholique sont contraires à l’Esprit de la Parole envoyée par le Père et illustrent bien l’idéologie vaticane en lutte contre la sécularisation et la perte du sens du sacré. Et que dire de toutes ces réalités verrouillées par le système romain : infaillibilité, contraception, égalité femme/homme, célibat des prêtres et refus de l’ordination de femmes, mariage de personnes divorcées, homosexualité, conception de la famille… Comme l’écrit Christine Pedotti : « Il y aurait une équivalence absolue entre la foi en Dieu, la vie à la suite du Christ, l’obéissance au pape et la soumission à la doctrine. Force est de constater que ce système de poupées russes ne fonctionne plus » (2) dans le monde de ce temps.

Une des belles réalités reconnues au concile Vatican II fut la collégialité des évêques dans la gouvernance de l’Église et l’importance des conférences épiscopales pour demeurer proches de leur population : la collégialité a été enterrée vivante et les conférences épiscopales sont devenues des courroies de transmission du pape et de ses fonctionnaires. Pendant que Jean-Paul II voyageait et se faisait applaudir, la Curie rétablissait subrepticement son système ébranlé sérieusement par les pères conciliaires. Benoît XVI se prépare à quitter un système qui n’a rien d’évangélique et qui porte préjudice à beaucoup de monde, autant croyant qu’incroyant; un système rouge et blanc qui oblige les chrétiennes et chrétiens catholiques « à cette espèce de dédoublement de langage qui veut qu’il y ait celui, établi, du dépôt auquel on doit veiller et, d’autre part, la parole actuelle, risquée, engagée dans le monde tel qu’il est pour en interpréter la situation présente. Ce dédoublement, en un sens inévitable, est pourtant un dans l’Esprit qui vivifie l’une par l’autre la mémoire et la création. Cela autorise une grande liberté de parole et de pensée. » (3) Notre Institution catholique ne fait plus rêver, éloigne de plus en plus de femmes et d’hommes qui doutent de son intégrité, décourage par son immobilisme et tient un discours souvent méprisant pour celles et ceux qui, souvent en recherche, ne partagent pas ses options. Et nous ne pouvons même pas souhaiter une commission Charbonneau!

André Gadbois

(1) VANIER, Jean, Les signes des temps à la lumière de Vatican II, Albin Michel 2012, p. 85

(2) PEDOTTI, Christine, Faut-il faire Vatican II?, Tallandier 2012, p. 110.

(3) BELLET, Maurice, Si je dis Credo, Bayard 2012, p. 134.

 

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Manifeste pour une Église dans le monde de ce temps

Auteur: COLLECTIF ~ Publié le Vendredi 14 décembre 2012

Adopté à l’assemblée générale du 24 octobre 2012 

Mise en contexte

Il y a de quoi se décourager et pourtant nous ne le sommes pas. Présentement la douleur du Monde est grande et ses leaders officiels sont capables de s’enfoncer creux dans le mensonge pour ne pas apercevoir sa détresse. Nous ne sommes pas découragés parce qu’ici et là des femmes et des hommes, beaucoup de jeunes, refusent de devenir des morts vivants, des robots « qui font la job. » Un vent de Pentecôte s’est levé, une mouvance se dessine sur tous les continents, un cri surgit du cœur de la Terre : « Sors de ce tombeau! » Les différentes Églises, dont la nôtre, n’y échappent pas : Autriche, France, Etats-Unis, Irlande,… Avec les ans et le « succès », notre Institution a dérapé, elle a quitté le Monde, elle s’est accaparé l’Évangile pour en faire son affaire à elle alors que l’Évangile appartient au Monde. Par le Prophète de Nazareth et cet Évangile, Dieu nous a exprimé ce qu’il veut : une humanité réconciliée.

Texte du Manifeste

Pour nous, membres du Réseau des Forums André-Naud, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes (et des femmes) de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux (et celles) qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho » dans notre cœur. Ce texte extrait du document conciliaire L’Église dans le monde de ce temps (paragraphe 1) et l’esprit des autres documents de Vatican II, la Parole de Dieu et l’écoute du Peuple de Dieu qu’on appelle le  sensus fidelium nous poussent à une quête de vérité.

Nous demandons aux premiers responsables de l’Église catholique, dont nous sommes aussi membres par notre baptême, de s’atteler à une urgente et nécessaire reforme ecclésiale qui permettrait aux disciples du Christ de collaborer à l’instauration d’une fraternité universelle dont l’Homme de Nazareth avait fait sa grande préoccupation. Lors de son dernier repas avec les siens, quel message il nous a laissé avec le tablier, le pain et le vin! Par fidélité au Christ, à l’Évangile et à l’institution qui tente de le manifester AUJOURD’HUI, nous nous sentons obligéEs de déclarer à nouveau nos options et nos choix. : n’est-ce pas une loi de la vie que de recommencer?

Nous souhaitons que dans l’Église l’autonomie de l’être humain et l’importance de sa conscience soient au centre de nos orientations et de nos décisions d’agir, une conscience de disciple « qui repousse vigoureusement tout juridisme étroit et mesquin qui perdrait de vue le primat de l’amour généreux sur les règles concrètes d’action.[1]» Le Christ ne donne pas un long code de conduite, mais beaucoup d’exemples d’humanité.

Nous souhaitons que l’égalité femme/homme reconnue dans la société civile le soit autant dans notre Institution ecclésiale.

Nous souhaitons que la décentralisation de l’Institution ecclésiale (avec les siècles devenue romaine et gérée par la Curie) se traduise progressivement par une prise en charge de chaque communauté chrétienne par ses membres, selon leurs talents et leur disponibilité.

Nous souhaitons que nos évêques prennent une plus grande liberté face au gouvernement central de notre Institution et une plus grande implication, associés aux laïques, dans les enjeux de notre société québécoise. « Dans l’état actuel des choses et de la législation de l’Église, le pape et les évêques ont le devoir d’être prêts à reconsidérer les règles qui concernent la « juste » liberté  de pensée et d’expression dans l’Église.[2] »

Conséquemment nous nous engageons à réaliser ce qui suit.

1.   Promouvoir partout et en tout temps l’importance de la conscience éclairée de disciple, de l’égalité femme/homme, de la décentralisation dans notre Institution ecclésiale, et de la liberté de pensée et d’expression dans notre Église.

2.   Intervenir sur le terrain pour favoriser l’existence de communautés chrétiennes à taille humaine capables, dans un climat de coresponsabilité, de répondre à leurs propres besoins même dans un contexte de fusion de paroisses (distribution des tâches pastorales, reconnaissance de ministères propres à une communauté, consultation pour le choix du pasteur, célébration de la Parole avec communion, célébration conjugale,…). La liberté d’action évangélisatrice des communautés chrétiennes repose sur la connaissance des personnes, de leurs besoins, de leurs aspirations, de leurs joies et de leurs peines.

3.   Accueillir ouvertement dans leurs différentes situations de couples les personnes séparées réengagées, les personnes homosexuelles, les personnes vivant en union de fait,… qui cheminent dans la communion au Christ à la table eucharistique.

4.   Promouvoir la célébration du pardon de Dieu avec absolution collective.

5.   Inviter des laïques formés de nos communautés à prononcer une homélie.

6.   Promouvoir la réinsertion dans l’exercice du ministère presbytéral des prêtres qui ont quitté le ministère et qui pourraient aujourd’hui être mariés.

7.   Nous exprimer en faveur de l’ordination diaconale des femmes, ainsi que de l’ordination presbytérale de femmes mariées ou célibataires et d’hommes mariés.

Nous désirons poursuivre ce dialogue déjà amorcé avec l’ensemble du Peuple de Dieu et nous invitons nos évêques à se joindre à cette démarche.

1. NAUD, André, Le magistère incertain, Fides 1987, p. 250.
2. NAUD, André, Pour une éthique de la parole épiscopale, Fides 2002, p. 24.

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