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Une doudou rose

Auteur: André Gadbois ~ Publié le Mercredi 21 décembre 2011
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Je viens d’installer au pied du sapin coupé par un lutin à la ferme Fernet de St-Cuthbert une des nombreuses crèches que nous possédons et je me souviens soudainement, en riant tout seul, la réaction de notre petite-fille Florence qui, l’an dernier âgée de 3 ans, m’avait demandé devant cette crèche : « Papi, voudrais-tu me donner s’il te plaît, quelque chose de rose! » – « Pour en faire quoi, gentille demoiselle » – « Une doudou! » – « Pourquoi rose? » – « Parce que c’est ma couleur préférée! » – « Et pour qui, cette doudou rose? » – « Pour le Jésus, il a froid. Les autres ont un manteau, pas lui! » Un morceau de feutrine rose est devenu un petit rectangle déposé sur le Jésus nu afin de le réchauffer.

Florence qui a maintenant 5 ans ignore que son rectangle rose est devenu pour moi un souvenir mobilisateur. Elle a su reconnaître dans cette crèche un manque, quelque chose de pas correct, une sorte d’inégalité en comparant l’enfant aux autres personnages. Passionnée par les activités de plein air en toutes saisons, pluie pas pluie, neige pas neige (j’en sais quelque chose : elle adore se balancer au parc en hiver ou à la pluie), elle a souvent fait l’expérience de la froidure, du vent, des mitaines oubliées,… Elle a dû ressentir une petite émotion devant l’enfant nu sur la ouate blanche!

Et en installant cette crèche il y a quelques jours en l’absence de la Florence, je me suis souvenu d’un bout de texte d’Isaïe (1, 1-3) utilisé récemment avec la douzaine de catéchumènes lors de la catéchèse collective sur Noël :

« Voûte des ciels, écoute!
Terre, tends l’oreille! Yahvé parle.

J’ai élevé des fils,
je les ai fait grandir
ils se sont rebellés contre moi-
le bœuf reconnaît son patron
l’âne la mangeoire de son maître
Israël ne reconnaît rien
mon peuple n’entend rien »

Des millions de bœufs et d’ânes, debout ou couchés, en terre cuite ou en carton ou en bois, sont installés présentement au pied d’un sapin décoré dans le salon, devant une église, ou dans le coin d’un temple. Dans la nuit de Noël, ils reconnaîtront sans doute leur Maître, mais le Peuple de Dieu (le nouvel Israël) saura-t-il, lui, reconnaître dans l’Enfant nu les millions d’hommes, de femmes et d’enfants torturés, affamés, négligés, tués, humiliés, intimidés, devenus marchandise des tyrans, financiers, banquiers et politiciens de notre « civilisation »? Quand le curé (ou son représentant laïc) s’agenouillera devant la crèche pour y déposer l’Enfant nu avant ou pendant l’eucharistie de la Nativité, osera-t-il ensuite se nouer un tablier à la taille pour aller vers les plus pauvres de son quartier et leur laver les pieds?

Dans son récit de la naissance à Bethléem (extrait de son roman L’Évangile selon Jésus Christ), l’écrivain portugais et athée José Saramago réussit à nous montrer que tout être humain a sa dignité et que beaucoup trop souvent elle est malheureusement oubliée. Il décrit le sursaut de conscience de cette riche madame qui, à Bethléem, ignore d’abord les cris d’un gars qui cherche une place pour sa femme qui va accoucher, puis sort de sa maison et reconnaît la douleur de la femme sur l’âne, et décide de la confier à sa servante qui la conduira à l’étable pour l’aider à accoucher. Je reviens au texte d’Isaïe : nos eucharisties du temps de Noël nous permettront-elles d’entendre les cris de ceux et de celles qui désirent naître à une vie plus digne?

Toujours dans son roman, Saramago nous décrit ces trois bergers qui, troublés par de forts cris humains dans une étable (c’est comme si la terre elle-même criait, disent-ils), s’approchent sans entrer (les hommes n’ont pas affaire là selon la culture juive), parlent à Joseph qui leur explique sur le bord de la porte, partent et reviennent avec le fruit du travail de leurs mains : lait de brebis, fromage de brebis et pain cuit sur leur feu. Je reviens encore au texte d’Isaïe : nos crèches de Noël nous permettront-elles d’entendre les cris de ceux et de celles dont la dignité est piétinée par ce qu’on appelle le développement, le progrès et la « civilisation »?

Isaïe fait dire à Yahvé : « J’ai élevé des fils, je les ai fait grandir, ils se sont rebellés contre moi. » Rebellés : éloignés de la loi inscrite par Yahvé au fond de leur cœur, guidés par des lois dures et sans nuance qui excluent, pénalisent et condamnent, créateurs d’une divinité toute puissante qui a tous les traits d’un mâle. Les rebelles refusent la voix de Yahvé et font à leur tête. Jésus, Verbe de Yahvé, s’est livré corps et âme pour que s’entame une réconciliation et que naisse une Terre nouvelle. Remplies de ce Souffle nouveau, les premières communautés chrétiennes nées après la Pentecôte se sont multipliées et sont devenues ce que nous nommons maintenant l’Église, une immense et lourde institution fortement centralisée et dirigée par des clercs qui ont de la difficulté à entendre les cris actuels de la Terre… et s’ils les entendent, ça ne paraît pas souvent! Difficulté aussi à reconnaître les chemins incontournables et nécessaires pour rehausser aujourd’hui  la dignité de chaque personne.

Attawapiskat crie, les Indignés crient, les itinérants crient, les personnes homosexuelles crient, les travailleurs et travailleuses qui perdent leur emploi par centaines crient, les régions crient, les personnes malades crient, des pays d’affamés crient, des quartiers appauvris crient,… silence de notre institution ecclésiale officielle et de ses clercs. Aucune reconnaissance officielle envers ceux et celles, croyants ou pas, qui font arriver de bonnes nouvelles pour les pauvres. Bien sûr, il y a des individus, des Diane ici qui s’impliquent au nom de leur foi, et là des Gérard. Il y a Développement et Paix… mais nous avons vu ce que notre institution en pense : cela est l’équivalent d’une non reconnaissance! Interpellée pourtant par Jean XXIII et Vatican II, notre institution n’a pas appris à lire les signes des temps. « Lire les signes des temps, écrit Christoph Theobald, c’est donc repérer et admirer chez autrui, souvent chez ceux où on ne s’y attendait pas, le signe messianique par excellence qu’est la foi en tant que courage d’envisager un avenir. » (1) Repérer, c’est entendre; admirer, c’est reconnaître. Les croyants et croyantes en Jésus le Christ doivent développer cette foi, ce courage d’envisager un avenir, en se mouillant pour le respect de la dignité humaine, et les leaders de leurs communautés doivent les reconnaître; et ces mêmes leaders (évêques) doivent sortir de leur silence (imposé?) pour repérer et admirer dans notre société TOUS CEUX ET CELLES qui ont cette foi, c’est-à-dire ce courage d’envisager un avenir pour chaque personne humaine. C’est ainsi que deviendra contagieuse la bonne nouvelle pour les pauvres, contraire du cynisme actuel et de l’inconscience qui l’accompagne, et signe d’un monde meilleur en gestation, d’un Royaume déjà en construction.

Que Noël et l’an nouveau soient pour nous occasion de « fabriquer des doudous pour tous ceux et celles qui ont froid et de les distribuer joyeusement » pour rendre leur vie confortable.

(1) Christoph Theobald, Transmettre un Évangile de liberté, Novalis 2007, p. 179

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Le piège tendu à nos évêques

Auteur: Gilles Lagacé ~ Publié le Vendredi 18 novembre 2011
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Ou:  Pourquoi je conteste les conditions de nomination de mon nouvel évêque

À 67 ans, j’ai déjà vu suffisamment de nouveaux évêques arriver pleins d’ardeur dans leur nouveau diocèse pour prendre leur retraite, vingt ans plus tard, meurtris, le dos plein de cicatrices et rongés par l’incertitude d’avoir bien rempli leur mission.  On cherchera les causes de ces drames du côté du monde de plus en plus imperméable à l’Évangile, de l’évolution trop rapide de la société québécoise, des défis trop considérables pour des ressources pastorales trop limitées.  Mon expérience de 30 ans dans le monde de la gestion du personnel m’amène à considérer un autre facteur :  les mauvaises conditions dans lesquelles nos évêques sont forcés d’exercer leur autorité.

L’exercice de l’autorité requiert toujours l’équilibre entre trois éléments :  la responsabilité, le pouvoir et l’imputabilité.  Les anglophones utilisent les mots Responsibility, Authority & Accountability.

Imaginons par exemple qu’un évêque désire améliorer la façon dont est proclamée et commentée la Parole de Dieu au cours des eucharisties.  Cela fait certainement parti de ses responsabilités. Imaginons qu’après consultation auprès de ses prêtres, de ses animateurs pastoraux et de diocésains concernés, il juge bon de constituer des groupes d’homélistes composés de prêtres et de laïcs, hommes et femmes, qui prépareront les homélies en équipe et les livreront chacun leur tour.  Ses longues études, son expérience pastorale et sa capacité à discerner le sensus fidei l’habilitent à prendre une telle décision.  Hélas, il suffit qu’un plus-que-catholique frustré s’en plaigne au nonce apostolique pour que notre évêque soit rappelé à l’ordre, les directives du Vatican interdisant formellement cette pratique.  Nous ne sommes pas en présence d’un problème de théologie ni de pastorale mais d’un problème d’exercice de l’autorité.  En réalité notre évêque a reçu la responsabilité de voir à la meilleure proclamation possible de l’Évangile sans recevoir le pouvoir ni l’imputabilité correspondants.

Son pouvoir est trop restrictif.  Il ne peut exercer le discernement que sa formation et son expérience devraient lui permettre d’exercer.  Obéir à un règlement n’est pas un pouvoir.  Le pouvoir est l’autorité d’appliquer l’esprit d’une loi à des situations spécifiques.

Quant à l’imputabilité de l’évêque, elle est pratiquement absente.  Tant vers le haut que vers le bas.  Vers le haut, l’imputabilité permet à un mandataire d’expliquer les raisons de ses décisions à ses supérieurs, et non d’être confronté au fait d’avoir ou non désobéi à un règlement qui empêche, en pratique, l’usage du discernement.  L’évêque devrait pouvoir expliquer les raisons pastorales qui l’ont amené à former ses équipes d’homélistes.  Même si le responsable de cette question au Vatican jugeait qu’il aurait pris une initiative différente, il doit respecter la décision de l’évêque tant que cette décision a été prise de bonne foi, de matière raisonnable et conformément aux grands préceptes de la foi.  C’est ainsi que doit être revu l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire.

Quant à l’imputabilité vers le bas, vers les membres des équipes homélitiques et vers les baptisés qui recevront ces homélies, elle impose à l’évêque le devoir d’évaluer avec eux le résultat de cette initiative.  Ceci a le grand mérite de pouvoir modifier, corriger ou même mettre fin à une initiative en permettant à toute la communauté de se sentir partie prenante de cette initiative, même si la décision ultime revient à l’évêque seul.  Ainsi l’action de l’Esprit dans la communauté devient perceptible.

Imaginez maintenant que notre nouvel évêque, après avoir exercé un long exercice de discernement pastoral décidait de confier la présidence d’une communauté chrétienne à un laïc, homme, femme, marié ou non (je ne parle pas ici de présider l’eucharistie mais uniquement la vie de la communauté)  ou qu’il juge que l’appel d’une femme au diaconat mérite d’être étudié, ou qu’il trouve pastoralement justifié de prononcer quelque forme de bénédiction à l’occasion du mariage de son neveu homosexuel, ou de donner publiquement la communion à un couple divorcé-remarié, ou de tenir une célébration collective du pardon, soulignant ainsi que les fautes les plus graves de notre société de consommation ont des dimension collectives…

En fait, nommez n’importe quelle question qui fait question dans l’Église et vous verrez que notre bon évêque va recevoir la responsabilité de la résoudre mais pratiquement aucun pouvoir pour le faire.  Son imputabilité vers le haut, elle, sera infantilisée alors que son imputabilité vers le bas est inexistante.

Au début, devant le mode anachroniquement secret de nomination de nos nouveaux évêques, je m’apprêtais à contester la nomination de mon nouvel évêque uniquement s’il semblait ne pas vivre de l’esprit de Vatican II.  Comme si je pouvais exiger une forme quelconque d’imputabilité vers le bas.  En fait, c’est surtout parce que mon nouvel évêque m’apparaît justement sage et plein de bonne volonté que je dois contester les conditions de sa nomination.  Il est beaucoup trop généreux pour refuser l’impossible service qu’on lui demande.  Mais si je me tais, moi que mes 30 ans de vie professionnelle ont préparé à reconnaître les pièges de la responsabilité sans pouvoir ni imputabilité, je deviens complice du piège qui lui est tendu.

C’est donc pourquoi, j’ai écrit au Nonce apostolique exprimant d’une part mon bonheur de voir un homme comme monseigneur Durocher se joindre au diocèse de Gatineau, dont les ressources pastorales sont si appauvries, mais m’objectant tout de même au processus qui a mené à sa nomination et aux conditions dans lesquelles on lui demande d’exercer son mandat pastoral.


Gilles Lagacé

Lire aussi: « Les évêques ne sont pas des gérants de Walmart » sur le site RFAN, au http://forum-andre-naud.qc.ca/?p=2919 ]

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Nous sommes toujours aussi indignés…

Auteur: Le Parvis ~ Publié le Vendredi 11 novembre 2011

Nous en avons assez des grandes injustices sociales dont souffrent nos frères et sœurs en humanité. Nous sommes solidaires de l’action entreprise par tous les Indignés qui occupent les places publiques, chez-nous et à l’étranger. Nous voulons nous aussi crier haut et fort les revendications légitimes de millions d’êtres humains dans la foulée de ce mouvement mondial «Occupons Wall Street».

Ici même, nous sommes solidaires de nos concitoyens qui, de bonne foi et avec courage, portent nos préoccupations les plus profondes Place de l’Université. Nous demandons aux autorités de la Ville de Québec de respecter leur occupation pacifique des lieux, de les soutenir en leur offrant des services au lieu de leur imposer des contraintes qui frisent le harcèlement.

Nous demandons au gouvernement du Québec de mettre fin à la corruption qui gangrène notre société et d’adopter les mesures contenues dans la Loi pour l’élimination de la pauvreté comme tous les parlementaires s’y étaient engagés il y a quelques années.

Nous demandons au gouvernement canadien de faire preuve de courage en taxant les transactions monétaires (taxe Tobin) et en incitant les autres pays occidentaux à prendre des mesures qui assainiront les pratiques de la haute finance et des aventuriers du capitalisme sauvage qui ne cessent de piller notre planète.

La situation mondiale actuelle ne peut plus durer. Une faible minorité d’individus s’accaparent les richesses de l’humanité – et Dieu sait si elles sont abondantes – sans payer leur juste part d’impôt. Ils bénéficient d’exemptions fiscales et de www.leparvis.ning.com paradis fiscaux sous l’oeil complice de nos gouvernants pendant que des milliards d’individus s’appauvrissent quand ils ne sont pas carrément réduits à la misère.

Cette répartition inéquitable des richesses n’est plus acceptable quand on voit autant d’hommes et de femmes perdre leurs emplois, leurs maisons et ce qui leur reste de dignité, victimes de l’action d’êtres irresponsables et sans morale qui n’en ont que pour leurs profits à courte vue.

Une meilleure répartition de la richesse ne peut se faire que par des mesures sociales et législatives plus justes, par une fiscalité plus équitable. Le temps presse si nous voulons éviter que l’humanité ne courre à sa perte.

Par un collectif d’auteurs Guy Bédard, Grégoire Bissonnette, Michel Cantin, Robert Fleury, Annine Parent, Michel Laberge, Gabrielle Lachance, Marguerite LaRochelle, Laurette Lepage, Denise Pageau, Denis Paquin.

Les auteurs sont membres du comité de coordination du Parvis de Québec, (www.leparvis.ning.com), un groupe de laïcs préoccupés de justice sociale et de valeurs évangéliques.

Cette lettre a été publiée le 9 novembre 2011 dans Le Soleil de Québec.

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La sexualité, pierre d’achoppement dans l’Église catholique

Auteur: Philippe Crabbe ~ Publié le Dimanche 30 octobre 2011

Un appel au dialogue

Organisé par Culture-et-Foi (Outaouais-des-Deux-Rives) et le Collège Universitaire Dominicain
Quand: mercredi 9 novembre de 19h à 22h
: Collège Universitaire Dominicain, 96, rue Empress, Ottawa
Avec la participation de:
Maxime Allard, O.P., Président du Collège,
Karlijn Demasure, Titulaire de la Chaire de recherche des Sœurs‐de‐Notre‐Dame‐de‐la‐Croix sur la famille chrétienne, et Doyenne, Université Saint‐Paul,
et Viola Polomeno, Inf. PH.D., Professeure adjointe, Université d’Ottawa

Il est temps de rouvrir un dialogue en Église en matière de sexualité et de sexe à la lumière du vécu et de la pensée des laïques et des développements et recherches de ces dernières années.

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NOËL! SI LE MESSIE ÉTAIT L’UN DE NOUS?

Auteur: Pierre-Gervais Majeau ~ Publié le Samedi 29 octobre 2011
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Un jour, le père abbé qui se désolait de la mort prochaine de son monastère eut l’idée de rendre visite à un rabbin dans son ermitage pour lui demander si, par un heureux hasard, il n’avait pas quelque conseil à lui donner pour sauver son monastère. « Désolé, répondit le rabbin, je n’ai pas de conseil à vous donner. Je peux seulement vous dire que le Messie est l’un d’entre vous. » Au cours des jours, des semaines et des mois qui suivirent, les vieux moines ruminèrent les paroles du rabbin, se demandant s’il était possible de leur donner une signification quelconque. « Le Messie est l’un d’entre nous? A-t-il vraiment voulu dire l’un d’entre nous, ici, au monastère? Mais alors, lequel d’entre nous?

Après avoir passé chacun des frères au crible pour savoir qui pourrait être le Messie, tous demeuraient dans le mystère. « Ce qui est sûr, c’est que le rabbin ne parlait pas de moi…Je ne suis qu’une personne ordinaire. Mais supposons qu’il ait pensé à moi…que je sois le Messie. Mon Dieu, pas moi. Je ne peux pas avoir une si grande valeur à tes yeux, n’est-ce pas? » Tout en réfléchissant de la sorte, les vieux moines se mirent à faire preuve d’un très grand respect dans leurs rapports mutuels au cas où l’un d’entre eux serait le Messie. Et puisqu’il existait une chance rarissime pour chacun d’entre eux d’être le Messie, chacun commença à se traiter lui-même avec respect.

Le monastère était situé dans une magnifique forêt, au pied d’une haute montagne. Parfois des gens s’y rendaient pour pique-niquer… Ce faisant, et sans même être conscients de la chose, ils sentaient confusément qu’un aura d’infini respect entourait désormais les cinq vieux moines. Elle semblait irradier de leur personne et gagner l’esprit des lieux. Le phénomène avait quelque chose d’attirant… d’irrésistible.

Sans trop savoir pourquoi, les gens se rendirent plus souvent au monastère pour y pique-niquer, pour y jouer, pour y prier. Ils commencèrent à y emmener des amis… Puis arriva que quelque jeunes gens en visite au monastère se mirent à parler de plus en plus longuement avec les cinq moines. Après un certain temps, l’un des jeunes gens demanda s’il pouvait se joindre à eux. Puis un autre et un autre. C’est ainsi qu’en quelques années, le monastère redevint une congrégation florissante… un lieu vibrant de spiritualité et de lumière dans le royaume.  (S.Peck, La route de l’espoir, Pacifisme et Communauté, Paris, Flammarion, 1993, pp. 17-20)

Et si l’un de nous était le Messie, le Christ, l’esprit de Noël habiterait notre terre durant toute l’année. Les gens s’accorderaient de la vénération, du respect, de la considération. La parabole du jugement dernier serait actualisée : « À chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » ( Mt 25, 40 ) Si on réalisait qu’effectivement l’autre est le Messie, les grands rêves des prophètes se concrétiseraient. Le loup habiterait avec l’agneau, le léopard se coucherait près du chevreau, le veau et lionceau seraient nourris ensemble…La vache et l’ourse auraient le même gîte.( Is. 11,5-8 ) Si on réalisait que le Messie est l’un de nous, alors du lieu où il habiterait la gloire de Dieu rayonnerait.

Fêter Noël c’est rendre réalisable ce rêve de Dieu d’habiter au milieu de nous, d’être l’un d’entre nous. Fêter Noël c’est réaliser que Dieu vient à notre rencontre, il fait la moitié du chemin et il s’attend à ce que nous fassions l’autre moitié. On raconte qu’un jour, un fils de roi était séparé de son père par une distance de cent jours de marche. Ses amis lui disaient : « Retourne auprès de ton père! » Mais lui leur répondait : «  Je ne peux pas, je n’en ai pas la force. » Alors son père lui envoya dire : « Fais comme tu peux, marche selon ta force, et moi je viendrai et ferai le reste du chemin pour arriver jusqu’à toi. » Ce roi, c’est Dieu qui vient à notre rencontre tout en nous demandant de faire le bout de chemin qui nous est possible. Il vient à nous comme le potier et nous sommes tous l’ouvrage de ses mains. ( Is 64,7) Il vient à nous comme un bon berger qui porte sur son cœur les agneaux naissants et prend soin des brebis qui allaitent. ( Is. 40,11 ) Il vient avec la force de l’Esprit porter le salut aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers leur libération et aux captifs leur délivrance. ( Is 61,1-2 ) Fêter Noël, c’est aménager écologiquement la terre de notre cœur pour devenir présence du Messie, du Christ. Fêter Noël, c’est rendre possible chez soi et dans notre monde, l’enracinement du projet de salut apporté par l’envoyé du Père, le Christ devenu l’un de nous pour nous accompagner dans notre chemin vers le Père en qui nous aurons toute plénitude et toute vie. Il est grand le mystère de notre foi quand nous réalisons que l’un d’entre nous est le Messie, le Christ, Signe de la présence de Dieu.

-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette, Québec.

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