Se défaire de ses poisons. Pour une foi possible encore!
Auteur du texte: Pierre-Gervais Majeau ~ Publié le Samedi 17 juillet 2010
Parce qu’Israël s’est endurci dans ses prétentions de salut acquis, il s’est enfermé dans la suffisance. La même tentation guette l’Église: la suffisance! Demeurer dans la foi, c’est demeurer bénéficiaire de la Miséricorde jamais considérée comme méritée, acquise, monopolisée. L’Église n’est pas propriétaire du salut, elle en est le signe devant l’Histoire par pur choix gratuit de Dieu qui demeure le seul auteur du salut. L’Église est signe de salut parmi d’autres signes qui apportent des portions de réponse aux frustrations désespérées du désir constamment mis en échec par les détresses de l’existence. Quitter la tentation de la suffisance, pour révéler au monde, dans le respect, les voies du salut, voilà l’appel reçu par l’Église: être signe de salut à travers sa propre précarité, sa propre fragilité. L’Église est servante et signe de la Miséricorde de Dieu jamais acquise, jamais possédée. Elle se fera patiente et humble et aucunement méprisante pour tous ceux qui refusent de passer dans la Miséricorde du Dieu capable de combler tout désir de plénitude. L’Église ne se fera jamais porteuse de condamnation devant les désirs égarés ni sectaire en se drapant de toute prétention de pureté.
L’Église ne cherchera pas non plus à monopoliser le salut par des tentatives d’endoctrinement, de prosélytisme, de pouvoir de contrôle, mais elle prendra les voies du service, dans l’accompagnement du désir de l’autre en recherche de plénitude ou de salut, elle évitera tout mépris dominateur. Ici je citerai François Varone encore une fois : «SUFFISANCE, POSSESSION, MONOPOLISATION, avec leurs valets, MÉPRIS, VOLONTÉ DE POUVOIR, DOMINATION ET HYPOCRISIE, voilà les poisons qui, inévitablement, agressent les Églises dès lors qu’elles rejettent l’antidote Israël. Elles ne servent plus le Mystère. Elles s’en servent. Elles font du salut une existence poussiéreuse, aliénante… Elles oublient qu’elles ne peuvent anticiper et signifier le salut que par grâce et appel de Celui qui en est l’unique auteur». (in Inouïes les voies de la Miséricorde, p.156.)
C’est Dieu qui sauve, l’Église est signe, elle annonce. Si elle tombe dans la tentation de la suffisance, elle subira inévitablement les rejets du monde sécularisé. Elle hâtera sa propre mise au rancart, si elle se crispe dans de désespérantes tentatives de contrôle et de monopolisation du salut. Elle subira inévitablement des pertes de crédibilité dans son espoir d’atteindre le désir apeuré, sinistré, voire même insolent, des gens d’ici et de notre temps.
Malgré toutes les tentatives postconciliaires d’aggiornamento, l’Église, la nôtre, devra donc trouver son chemin d’avenir en prenant les voies du service du sens et de l’espérance, en s’assumant comme le Reste évangélique, en prenant des attitudes plus fraternelles dans ses rencontres des Églises sœurs porteuses également du Signe du salut, le Christ, en évitant toutes tentations multitudinistes. Accepter de vivre un dégraissage administratif et doctrinal, rejeter toute volonté de puissance, voilà les défis de l’Église. Elle deviendra signe de salut pour tous les hommes par la miséricorde de Dieu et non par sa propre puissance à elle!
Dans notre société inédite, sécularisée et anomique, la parole de l’Église apparaît de plus en plus déphasée, archaïque. Comment maintenir le grand phylum évangélique dans une société résolument allergique dans sa grande majorité, à toute récupération «religieuse». Pour éviter la disparition irréversible de ce phylum évangélique, l’Église doit se rappeler les souffrances de sa naissance issue du judaïsme formalisé. La foi chrétienne s’est développée comme une alternative emballante au judaïsme plongé en pleine dérive de suffisance. Elle est apparue comme une voie nouvelle de spiritualité, soupçonnée d’athéisme par les païens polythéistes. Il y aura toujours des personnes désireuses de vivre la foi de l’Évangile au sein de tout un système de symbolique religieuse. Et il faut le respecter, car cela fait partie de l’être humain dans sa quête spirituelle. Mais la plupart pourrait également vivre une démarche spirituelle plus séculière tout en étant fortement évangélique. L’Église demeure maîtresse de spiritualité et elle est appelée à l’être autrement, selon des voies inédites, afin de rejoindre l’homme sécularisé et lui proposer, au sein de sa propre culture, les appels du salut venant du même Père des miséricordes inouies. L’Église doit donc préconiser un christianisme spirituel, pluriformel en diversifiant ses approches pastorales et en proposant une parole jamais contraignante ni endoctrinante, mais porteuse de sagesse et de transcendance et éveillant ainsi la quête du sens et du signe du salut. L’Église fera surgir ainsi plusieurs modes de pratique de vie chrétienne, toutes complémentaires les unes aux autres tout comme cela s’est toujours vécu dans son histoire! Cette même Église se réjouira de toutes les avancées des droits de la personne comme autant de signes de salut en voie de réalisation. Elle se penchera sur les appels des béatitudes et de tout le sermon sur la Montagne pour s’inspirer dans sa réflexion éthique et prendra ainsi ses distances de la «supposée loi naturelle», elle qui est dépositaire d’une charte si libératrice, celle de l’Évangile.
En quittant ses peurs ataviques, en quittant ses tentations de suffisance, l’Église évitera de devenir un corps desséché, organe témoin inerte dans l’organisation historique de l’humanité. Elle sera au sein de l’immense corps malmené de l’humanité toujours en quête d’une plénitude sans cesse espérée, signe de salut, épousant les joies et les peines de l’humanité et assumant sa propre précarité dans le service du sens, dans le service de l’espérance, en indiquant la voie qui transforme toute précarité humaine en éternité, en conduisant l’humanité vers le vase de la miséricorde du Père.
Pierre-Gervais Majeau ptre-curé
Unités Belles-Montagnes et Pied-de-la-Montagne,
Diocèse de Joliette, membre du Forum André-Naud.
Un commentaire au texte Se défaire de ses poisons. Pour une foi possible encore!
Commentez
Pour laisser un commentaire, vous devez être
enregistré.
18 juillet 2010 Ã 11:59
Dans la récente mise à jour de ses dispositions pour contrer les abus sexuels, la hiérarchie de l’Église semble vouloir «régler» les cas d’abus. Une autre façon de garder son POUVOIR. Elle aurait fait mieux de reconnaître qu’elle aussi est pécheresse et a besoin de MISÉRICORDE, ce qui est tout le contraire de la prétention au pouvoir. Elle aurait mieux fait de poser des gestes évidents vers une justice réparatrice, qui aurait été signe de SALUT, ce qui est sa mission.
J’ai un seul souhait: que la hiérarchie donne l’exemple en se convertissant elle aussi et en faisant confiance à la miséricorde divine. Alors les catholiques croiront au message qu’elle doit proclamer.