Le Dieu tout autre : il justifie!
Auteur du texte: Pierre-Gervais Majeau ~ Publié le Samedi 10 juillet 2010
Les différentes relectures des textes bibliques en viennent à soutenir des propos fort différents. Ainsi en est-il de la question de la justice de Dieu. Pour les uns, en effet, Dieu est amour, mais il est aussi vengeance, le péché doit être puni, l’offense infinie ne saurait être minimisée par un pardon facile et déjà acquis. Il faut d’abord payer, ensuite peut-on espérer le pardon. Pourquoi mener une bonne vie dans la fidélité, s’il n’y a pas de justice divine pour récompenser le fidèle et sanctionner l’égaré? Heureusement que Dieu n’a pas épargné son propre Fils en le livrant à cause de nos péchés. Sa colère provoquée par les horreurs des péchés des hommes, s’est abattue sur le Fils comme la misère sur le pauvre monde, dirait ma sainte mère! Le Fils a payé pour les péchés des autres, sa mort hautement méritoire a donc compensé suffisamment! C’est dans cette punition nécessaire que Dieu se manifeste en sa supériorité infinie. Il est normal que Dieu en sa justice infinie punisse et avertisse et qu’il bénisse les fidèles. ¨ Affirmer la justice pour les autres, y compris pour le Christ, et espérer la miséricorde pour soi qui se découvre de plus en plus incapable de triompher du jugement de Dieu, cette répartition n’est visiblement pas une synthèse heureuse.¨ (F. Varone : In Ce Dieu censé aimer la souffrance, p. 140) Que Dieu punisse les pécheurs mais qu’il me fasse miséricorde à moi, moi, moi! D’autres soutiennent que la miséricorde de Dieu est toujours acquise, car Dieu n’est que miséricorde, une réduction qui s’inscrit en réaction à la théorie de la satisfaction énoncée précédemment mais qui verse cependant dans la malcroyance! Comment sortir de cette ambivalence entre la justice punitive de Dieu qui le campe dans un rôle de justicier livrant des sentences et la seule miséricorde qui réduirait Dieu à un rôle de spectateur de l’humanité, à la fois indifférent et débile!
L’autre voie, celle de la révélation et donc de la foi, nous rappelle que le jugement de Dieu se fait en deux temps : il détruit le péché, il condamne les égarements de l’homme dans sa quête de sens et de désir, de plénitude mais il pardonne cependant au pécheur. Le jugement de Dieu est à la fois condamnation et pardon. C’est dans le Christ que Dieu a révélé pleinement sa justice. ( Rm 1, 16-17 ) Mais encore là , ne versons pas dans la satisfaction en affirmant que nous sommes à l’abri de la terrible colère de Dieu étant donnée qu’elle s’est déjà assouvie sur Jésus que Dieu n’a pas épargné en le livrant à une mort cruelle. Que dit la foi révélée? C’est par méconnaissance que l’homme s’égare dans la recherche de la plénitude de son désir. Et c’est par méconnaissance ou malcroyance que l’homme pense que le jugement de Dieu est colère et punition entrainant la révolte de l’homme et parfois même, son athéisme. Il faut donc en arriver à ce que le jugement de Dieu ne soit plus perçu par méconnaissance comme Colère de Dieu, mais qu’il soit enfin reconnu et vécu pour ce qu’il est depuis toujours et maintenant : UN JUGEMENT QUI SAUVE, LA JUSTICE DE DIEU.
¨L’événement révélateur, c’est Jésus. C’est en lui que la méconnaissance peut se dénouer enfin et permettre au désir de l’homme de s’ouvrir sur un nouvel espace, un espace qu’il va reconnaitre comme sa véritable demeure en même temps que son avenir : la gloire de Dieu.¨ (op.cit. p. 153) 1) Dieu a envoyé son Fils dans une existence livrée….à la vanité et à l’esclavage de la corruption. Dieu a fait son Fils péché, donc son désir s’est trouvé comme le nôtre, livré à la vanité… à une exception près, l’existence livrée de Jésus, le Fils, ne connait pas le péché, l’égarement du désir, donc pas de révolte et de méconnaissance; cela veut dire : le jugement de Dieu qui ¨livre¨ Jésus est perçu par lui non comme colère et condamnation mais comme voie de salut, comme puissance de vie favorable pour l’homme et à son désir authentique, comme Justice. ¨La preuve en est sa résurrection : c’est dans cet événement où  la vie de Jésus s’épanouit dans la gloire de Dieu, que le jugement de Dieu apparait enfin dans toute la plénitude de son action pour l’homme. La résurrection est donc l’événement qui révèle la Justice de Dieu : Si tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. (Rm 19,9) ¨¨ (Op.cit. p.154) Enfin l’homme découvre dans le chemin de résurrection emprunté par le Christ, un chemin possible pour lui-même, il découvre que Dieu n’est donc pas celui qui livre l’homme à la mort et à la ruine de son désir de plénitude, que Dieu n’est pas le dieu mesquin et jaloux que sa révolte et sa méconnaissance lui faisaient entrevoir, mais plutôt le Dieu qui ressuscite et ouvre à la plénitude et à la pleine identification au Premier-Né du monde nouveau.
C’est le Christ qui nous révèle la Justice de Dieu comme processus de transformation pour l’homme. La Justice de Dieu dans son action transformatrice, s’appelle la justification. Dieu justifie, il rend le croyant ajusté à lui en condamnant en lui le péché qui conduit à l’égarement et à  la quête des fausses gloires et en ouvrant le croyant à  un avenir de plénitude. Le jugement de Dieu s’achève en l’homme glorifié dans l’événement de la résurrection à  la suite du Christ. En devenant péché  sans l’avoir commis, mais pour nous rejoindre dans notre existence, Jésus est devenu objet, avec nous, comme nous, du jugement de Dieu qu’en ressuscitant il a manifesté comme Justice. (Cf. op.cit. p. 155) Voici donc le plan de Dieu pour l’homme : tu ne t’égareras pas dans ton désir mais tu te laisseras engendrer, ressusciter et accomplir dans la gloire. Grâce à  la révélation apportée par le Christ dans l’événement de sa résurrection, l’homme est passé de la méconnaissance à la foi au Dieu qui ressuscite.
Dans la foi, nous percevons la différence absolue de Dieu en son Mystère de libération de l’homme en le faisant participer à la gloire du Ressuscité. Ce n’est pas par la pratique de la loi et par la multiplication des œuvres que nous sommes sauvés mais par l’œuvre de Dieu, la résurrection du Christ. Mais vivre déjà en ressuscité, c’est s’engager dans des œuvres de salut! Chez ce Dieu tout autre, la justice aussi est toute autre : il n’y a en Dieu que puissance de vie et de salut pour conduire l’homme le long du chemin compliqué sur lequel son désir s’éveille puis découvre sa portée infinie, négativement d’abord dans la vanité du monde, puis positivement dans la découverte de la gloire de Dieu. La justice de Dieu, se fait donc miséricorde pour l’homme, force de transformation et de glorification pour l’homme. La justice de Dieu n’est que miséricorde car elle fait valoir l’homme; sa vie dans le compagnonnage du Christ lui permettra de se laisser engendrer par le Père. Son désir de plénitude et sa pratique de vie dans le compagnonnage du Christ, conduiront l’homme vers le salut, le partage de la gloire du Ressuscité. La Justice du Dieu tout autre : une PUISSANCE POUR LA VIE !
Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,
Unités Pied-de-la-Montagne et Belles-Montagnes,
Diocèse de Joliette, Membre du Forum André-Naud.
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