Le franc-tireur
Auteur du texte: André Gadbois ~ Publié le Samedi 3 juillet 2010
Karol Wojtyla fut un homme charmant et cultivé, d’une intelligence supérieure, grand visiteur des peuples, profondément amoureux de SON Église catholique. Comme il n’appréciait pas la petite fenêtre ouverte sur le monde par les 2200 pères conciliaires en octobre 1962, il s’entoura de collaborateurs patients et habiles pour la faire disparaître discrètement sans coups d’éclats. Homme de pouvoir, il décida de « restaurer » cette Église néophyte et aérée, de la ramener au bon vieux temps de la chrétienté. Année après année, il déposa dans l’ouverture créée de petites pierres bien cimentées… mais discrètes : rapprochement avec l’Opus Dei, réduction des pouvoirs des assemblées d’évêques d’un pays, condamnations de théologiens… Le travail est maintenant très avancé, surtout en Occident, mais ce n’est pas le temps de relâcher l’ardeur. Joseph Ratzinger le sait trop bien, lui qui poursuit le travail de son prédécesseur.
La nomination de Marc Ouellet comme préfet de la Congrégation pour les évêques est l’une de ces petites pierres «précieuses» capables de faire progresser le projet de retour au modèle institutionnel qui a fait ses preuves. Car Marc Ouellet fait partie de ces clercs carriéristes qui semblent n’avoir jamais apprécié la brise venant de la petite fenêtre: il y a une seule façon d’être chrétien catholique et c’est la sienne.
Homme charmant et cultivé lui aussi, d’une intelligence supérieure, bon connaisseur des peuples, profondément amoureux de SON Église catholique, il saura discrètement orienter la nomination des futurs évêques (vulgairement dit en politique: placer ses hommes) pour faire oublier le vent frais qui pénétra un jour dans le Temple grâce à la petite fenêtre. Mine de rien, en plaçant SES hommes à la tête des différentes Églises locales (spécialement en Amérique latine), il contribuera FORTEMENT à cléricaliser les communautés chrétiennes, à renforcir les rituels et les normes au détriment de la Parole de Dieu, à donner des leçons au monde, à uniformiser la pensée et les structures de SON Église et à faire passer l’ordre social avant la défense des plus petits et des appauvris. Lui qui, durant son passage à Québec, n’a pas réussi à s’intégrer à l’Assemblée des Évêques Catholiques du Québec, aura maintenant beau jeu pour poursuivre l’affaiblissement des conférences épiscopales et la consultation du Peuple de Dieu. Le tout avec la bénédiction solennelle de celui qui l’a nommé, Benoît XVI.
Dommage qu’à l’heure où la collégialité des évêques du monde entier soit un enjeu pour l’avenir de l’Église catholique, le premier pasteur de cette Église ait nommé un franc-tireur pour stimuler leur solidarité. Dommage, mais ça se comprend! Et ça ne fêtera pas fort à Rome en octobre 2012 lors du 50e anniversaire de Vatican II.
André Gadbois (pour le Réseau des Forums André-Naud)
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