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Pour le respect de l’intelligence et de la foi

Auteur du texte: André Gadbois ~ Publié le Mardi 27 juillet 2010

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Jean d’Ormesson, cet écrivain français agnostique tenté de croire, déclarait il y a quelque temps dans la revue Le monde des religions que « Dieu est caché et doit le rester afin que nous puissions nous interroger sur son existence… » Il ajoute que « Les Évangiles me touchent profondément. Tout comme le pardon ou la communions des saints. » (numéro 21) Cet humain, et il n’est pas le seul, est un fantastique explorateur, un passionné chercheur, un tenace quêteur qui partage ses avancées avec ses lecteurs et lectrices défiés par la question de Dieu. Modeste, attentif, accueillant, fantaisiste, il provoque le cheminement, sème des questions essentielles, émet de douces constatations sans emprisonner aucune question et respecte tendrement l’intelligence de celles et de ceux qui l’accompagnent. Il y a de l’Évangile et du Jésus-Christ dans sa façon d’être.

Dans l’exercice de leurs responsabilités, certains annonceurs « officiels » de cette présence de Dieu auraient grand avantage à  s’inspirer de monsieur d’Ormesson et de plusieurs autres quêteurs de Dieu. Dans ses récents propos, et ce ne sont pas ses premiers du genre, le Saint-Siège (et celui qui y trône évidemment) vient de déclarer l’ordination des femmes délit grave contre la foi, mettant sur le même pied la pédophilie de plusieurs prêtres et la volonté d’ordonner prêtres des femmes. On y affirme donc le caractère grave du sacerdoce des femmes : une affirmation totalement absente des Évangiles, inimaginable dans la bouche de Jésus de Nazareth. Une déclaration qui dépasse la mesure et qui fait penser que parfois dans l’Église catholique on a remplacé Jésus-Christ par l’Église (Simone Weil). Une déclaration orgueilleuse, froide et fermée qui non seulement emprisonne la recherche sur le ministère pastoral et le sacerdoce baptismal, mais manque totalement de respect envers les femmes : qu’y a-t-il de commun entre le pédophile qui peut ruiner la vie de plusieurs enfants et la femme ordonnée prêtre pour nourrir la Vie en abondance? Manque de respect aussi envers l’intelligence de celles et de ceux qui, comme d’Ormesson, sont à l’œuvre  dans le champ terrestre pour discerner les pousses vertes dispersées de cette Vie en abondance. Le 1er janvier 1967, le réputé théologien britannique Charles Davis ne quittait-il pas son institution nommée Église catholique à cause de ses traits inhumains, étouffants et parfois près du mensonge? Malheureusement ces traits sont encore présents dans les récents propos du Saint-Siège concernant l’ordination des femmes. Entouré et encerclé par sa curie, le pape lit des mots, des informations et des rapports sur les questions des quêteurs de Dieu, sur la situation de SON Église, sur l’état des Églises locales: ses mots résonnent-ils dans son « cœur » et dans celui des membres de sa curie? Se pourrait-il que, pour reprendre des mots de l’écrivain québécois Gil Courtemanche (Le monde, le lézard et moi), ce Saint-Siège autoritaire « demeure un analyste, un témoin, une sorte d’interface »?

Quelle est la référence du Saint-Siège dans ses enseignements et déclarations : sa doctrine et les principes qui en découlent ou l’expérience biblique et la Parole qui nous la fait connaître? Pourquoi tente-t-il de nous faire croire que l’organisation actuelle de l’institution catholique découle de celle des premières communautés chrétiennes?  Comment nomme-t-on dans notre monde les chefs et institutions qui prétendent détenir toujours la Vérité au nom de… et condamnent celles et ceux qui questionnent leur prétention?

Vivant au Québec où l’égalité des femmes et des hommes est reconnue partout, il nous est difficile de ne pas rager et d’éviter la colère quand on se fait répéter par l’Autorité de notre institution qu’une femme ne peut être ordonnée prêtre et, surtout, que ces ordinations seront dorénavant considérées par la Loi de notre Église comme un grave manquement à la foi… tout comme le prêtre qui abusera d’enfants.

Pour l’exécutif du Réseau des Forums André-Naud :

Rachel Deslauriers
André Gadbois
Denis Normandeau


Un commentaire au texte Pour le respect de l’intelligence et de la foi

  1. mplebel

    Jésus serait-il excommunié aujourd’hui ?

    La Congrégation pour la doctrine de la foi a rendu publiques le 15 juillet dernier les nouvelles Normes sur les délits les plus graves. Il était temps que les autorités ecclésiastiques sanctionnent les abus sexuels commis par des clercs sur des personnes mineures. Mais nous constatons avec indignation que, dans cette mise à jour des Normes, le Saint-Siège met sur un même pied le crime de la pédophilie et l’ordination sacrée d’une femme, punissant d’excommunication majeure tant la femme qui est ordonnée que celui «qui attente de lui conférer l’ordre sacré».

    Cette interdiction répétée au sujet de l’ordination des femmes manifeste de nouveau la misogynie de l’institution ecclésiale catholique. Comment comprendre un tel rejet ? L’argument d’autorité est le seul qui semble s’imposer. Enraciné dans une interprétation sclérosée de la tradition, le Vatican continue d’adopter une attitude totalitaire et discriminatoire envers plus de la moitié des membres de la communauté ecclésiale.

    Pourtant, l’Évangile montre que Jésus reconnaît des femmes comme ses disciples. Pour lui, les femmes et les hommes sont des êtres égaux. En conséquence, l’appel au ministère n’est pas conditionnel au genre. Un des plus beaux témoignages de la considération et de l’acceptation des femmes comme des personnes égales survient après la résurrection de Jésus. Il envoie Marie-Madeleine, qui le reconnaît comme son Maître, annoncer la bonne nouvelle aux autres disciples. Des rapports nouveaux ont été instaurés par le prophète de Galilée.

    Partageant ce projet de Jésus pour une humanité égale en dignité, l’Association des religieuses pour la promotion des femmes dénonce les interdits qui n’ont rien à voir avec l’Évangile et affirme le droit à un statut ecclésial plénier pour les femmes dans l’Église. Notre foi en l’Esprit de liberté permet d’espérer le jour du renversement des lois et des censures qui empêchent actuellement les femmes d’exercer leur charisme baptismal au même titre que les hommes, au nom de cette même fidélité à l’Évangile.

    La coordination nationale de l’Association des religieuses pour la promotion des femmes (ARPF) : Monique Dumais, Céline Beaulieu, Louise Bégin, Marie-Paule Lebel

    27 juillet 2010

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