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Roland Leclerc : un prophète

Auteur du texte: Robert Hotte ~ Publié le Mardi 3 février 2009

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La lecture de l’article de Bernard-Simon Leclerc ( Rallumer la flamme de l’Église) m’a incité à intervenir pour manifester ma solidarité avec ce texte qui est un prolongement du texte de Alain Ambeault  (Penser l’impensable ). J’ai donc écrit un commentaire mais le temps me manquait pour le compléter alors je l’ai retiré. Puis j’ai retrouvé dans les archives de mon épouse un texte de Roland Leclerc, prêtre du diocèse de Trois-Rivières  décédé en 2003. C’est en décembre 1999 que Roland proposait une réflexion sur une Église à réinventer dans l’Hebdo Journal. Un texte plein d’espérance qui vient me chercher dans mes convictions profondes dix ans après sa parution. Tous ces textes me touchent car je suis de ces personnes à penser « l’impensable. » Cette expression vient du livre d’Olivier Legendre « Confession d’un cardinal ». Le plus inusité de cette aventure de lecture, c’est qu’il s’agit de la même phrase que celle citée par Alain dans son texte en y ajoutant la note d’ESPÉRANCE du cardinal : «Nous sommes un certain nombre à accepter de penser l’impensable : l’affaiblissement dramatique de nos structures ecclésiales. Et nous voulons nous y préparer, avertir, faire naître des germes de renouveau. »  Je cède la parole à Roland Leclerc en vous invitant à y réagir par vos commentaires :

Robert Hotte  Membre du FAN de Trois-Rivières/Nicolet

Roland Leclerc écrivait en décembre 1999 :

L’Église sera réinventée

Les tendances et les mouvances dans le monde d’aujourd’hui peuvent nous aider à comprendre ce que sera la société et l’Église de demain. Pourtant la grande question n’est pas tant de savoir si la hiérarchie sera puissante et centralisatrice, ou bien si les paroisses seront fusionnées à cinq ou à vingt, ni même si les femmes seront ordonnées prêtres, la vraie préoccupation est à savoir si l’Évangile sera encore proclamé et entendu, si l’Évangile aura encore de quoi à dire à la génération de l’an 2000. Un constat qu’il importe de poser en cette fin de millénaire est celui que l’Église, malheureusement, n’arrive  plus à être un signe parlant de l’Évangile. Pour plein de gens de la génération des  babyboomers et aussi pour plein de jeunes, l’Église apparaît comme un obstacle entre leur vie et la Bonne Nouvelle : l’Église « institution » n’arrive plus à être un signe de cette Bonne Nouvelle. Encore plus, l’Église ne réussit pas à trouver le langage de nos contemporains et à créer le contact sur les questions les plus préoccupantes de l’heure. Certes, l’Église a une opinion sur à peu près tous les sujets, allant de l’éthique jusqu’à la science, mais le dialogue ne se fait pas : le train de l’Église roule sur une voie parallèle et n’arrive jamais en gare.

Lorsque les jeunes veulent valider leur recherche spirituelle et leur préoccupation de sens de la vie, très peu ont le réflexe de se tourner vers l’Église. Comme s’ils connaissaient d’avance la réponse qui, de toute évidence, ne les satisfait pas. Certaines gens de l’Église demeurent des témoins authentiques et des repères pour beaucoup de jeunes, mais leur originalité de foi prime et non pas leur appartenance ecclésiale.

Dans les pays occidentaux, l’Église n’aura plus du tout, au prochain siècle ( il s’agit du 21ème car Roland écrit en 1999 ) le même visage qu’elle porte encore aujourd’hui. La démographie faisant son œuvre, le clergé sera pratiquement disparu en nombre; les chrétiens pratiquant la messe dominicale formeront une série de petites cellules; les communautés religieuses de frères et de sœurs se compteront sur les doigts de la main; la séparation de l’Église et de l’État, y compris dans les écoles, sera consommée. Cependant, plusieurs groupes marginaux dédiés aux valeurs spirituelles fonctionneront, mais revendiquant leur autonomie, en marge du pouvoir clérical.

À n’en pas douter, des laïcs engagés prendront la relève. Des ministères laïques sont en train de naître. Il n’est que de considérer le nombre d’agentes et d’agents de pastorale, dans à peu près tous les secteurs de la société, pour s’en convaincre. Une théologie laïque aussi se développe, portée par des femmes qui, en grand nombre, ont obtenu des diplômes en théologie, ces dernières décennies. Un mouvement souterrain se cherche et grandit en nombre et en crédibilité?

L’Église institution sera réinventée de la base. Des hommes et des femmes interpellés par le Christ, savourant sa Bonne Nouvelle comme pour la première fois, poussent actuellement sur un printemps spirituel. L’Évangile, j’en suis convaincu, est une force de sens et d’espérance trop puissante pour ne pas se frayer un chemin à travers tous les obstacles et toutes les morts. Vraiment, le prochain siècles « sera spirituel ou il ne sera pas! »

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