Femmes et ministères ordonnés
Auteur du texte: Michel Bourgault ~ Publié le Samedi 7 mars 2009
Le 15 février 2009, le Centre Justice et foi, le Centre de formation St-Pierre, le groupe Femmes et ministères et la collective l’Autre Parole, organisaient conjointement un colloque sur le thème «Femmes et ministères ordonnés». La rencontre avait lieu à la Cathédrale anglicane Christ Church, à Montréal. Les panellistes invitées étaient :
Joyce Sanchez, chanoine de la cathédrale anglicane Christ Church et membre du International Anglican Women’s Nerwork,
Marie Bouclin, ordonnée dans le mouvement du Danube et pasteure associée de la communauté catholique Christ the Servant,
Marie-Andrée Roy, membre de la collective L’Autre Parole et professeur au département de sciences religieuses de l’UQAM,
Jocelyne Hudon, Centre de ressourcement spirituel Versant-La-Noël et animatrice au diocèse de Chicoutimi de 1991 à 2007.
Je n’ai pas l’intention de recenser leurs propos que l’on pourra éventuellement lire sur le site de Femmes et Ministères ( http://www.femmes-ministeres.org/ ). Je préfère exprimer l’étonnement et le questionnement qu’ils ont suscités en moi, homme et chrétien.
POURQUOI?
Et d’abord pourquoi ai-je répondu à l’invitation de participer à cette journée ? Sans doute par complicité avec la lutte des femmes et par indignation devant ce que je considère comme une injustice à leur endroit. Mais plus profondément, pour entendre une autre parole que les enseignements du Magistère romain sur les nobles qualités et la mission particulière des femmes, par lesquels on justifie la non-reconnaissance de leur appel à devenir porte-parole, pasteur, prophète, prêtre dans l’Église catholique. Complicité et indignation, mais aussi temps d’accueil et d’écoute de la voix novatrice, inspirée et confiante de ces femmes. Des femmes que j’admire d’autant plus que leur persévérance est marquée par la souffrance.
UN COMBAT CONTRE LE MÉPRIS
Joyce Sanchez, chanoine de la cathédrale anglicane, a résumé son parcours à partir de la conscience claire de son appel vers l’âge de douze ans. Après une période d’éloignement de son Église, elle exerce des ministères laïcs notamment auprès de sidéens et de prisonniers. Elle commence des études en théologie en 1993 et est ordonnée prêtre en 1999. Elle nous donne une idée du chemin parcouru par les femmes dans l’accession aux ministères à partir de l’ordination de la première femme à Hong Kong en 1944, puis celle des 11 femmes ordonnées à Philadelphie en 1977. Elle semble exercer son ministère sereinement, mais elle rappelle que l’unanimité est loin d’être faite dans les églises protestantes aussi et il lui est arrivé de subir le mépris de la part de croyants et même de personnes ordonnées. L’esprit de Jésus est-il présent chez ceux qui agissent ainsi ?
«OBÉIR À DIEU PLUTÔT QU’AUX HOMMES»
Marie Bouclin, ordonnée dans le mouvement du Danube, situe son action pastorale dans la survie et le développement d’une communauté chrétienne suite au départ du prêtre. La diminution du nombre de prêtres, nous connaissons ça. Pour y pallier, des évêques voient d’un bon Å“il l’arrivée de jeunes hommes d’Amérique latine. Je les crois inspirés par l’appel du Christ, comme nous naguère lorsque nous allions les évangéliser. Mais, je me demande bien ce que pense chacun d’eux du désir des femmes de devenir prêtre ou pasteur. Prenant en considération le Christ et l’Évangile, voient-ils en ces femmes des personnes capables d’être missionnaires, de rassembler une communauté, de présider la prière eucharistique? Aujourd’hui en voyant une femme présider l’eucharistie, passé le premier étonnement, je me suis imaginé que des femmes de mon Église pourraient bien, de mon vivant, redire les paroles de Jésus à la Dernière Cène. N’est-il pas venu le temps pour l’Église de reconnaître l’égalité des femmes? Oserons-nous demander à nos évêques de reconnaître la vocation des femmes aux ministères ordonnés?
GUIDER L’HUMANITÉ VERS L’INVISIBLE
Marie-Andrée Roy, de la collective l’Autre Parole, se préoccupe de la vie spirituelle dans les communautés. Elle réclame le droit pour les femmes d’accéder à tous les ministères, quoiqu’elle se défende de vouloir reproduire notre modèle actuel d’Église hiérarchique. Je pense que les femmes représentent l’Autre dans ce débat, cet autre lui-même que l’homme refuse de regarder en face, cet autre qui fait peur et qu’on préfère garder à distance. Dans un monde où le matériel a remplacé le Dieu Tout-Autre, la femme n’est-elle pas la face de notre humanité tournée vers les autres, cÅ“ur ouvert à la souffrance, ouverture à l’Invisible que la poursuite effrénée du matériel et de la satisfaction immédiate ne réussissent pas à faire taire?
Je rencontre des jeunes parents pour les préparer au baptême de leur enfant et je me demande pourquoi, malgré qu’ils demandent à l’Église d’intégrer leur enfant à notre communauté de foi, ils restent eux-mêmes à la porte. Dans le lot de leurs préoccupations quotidiennes, l’Église leur offre-t-elle une Parole vivante, en mouvement, à la manière de Jésus de Nazareth ? Comme moi, plusieurs se demandent si elle est prête à laisser parler l’Esprit plus fort que des lois ecclésiastiques supposées immuables et à interpréter la revendication des femmes comme un « signe des temps ».
UN LEADERCHIP REMIS EN QUESTION
Jocelyne Hudon a dû renoncer à un ministère d’animation pastorale dans le diocèse de Chicoutimi à cause du difficile face à face avec la hiérarchie et une partie du clergé. Elle se bute à l’organisation de l’Église centrée sur l’eucharistie qui écarte les femmes et réserve aux prêtres le leadership spirituel. Ce qui l’intéresse, c’est l’avenir : des églises autres que catholiques trouvent normal que des femmes soient prêtres, qu’elles affirment leurs compétences dans l’animation des communautés de foi, qu’elles proposent différents chemins de vie spirituelle. Leur présence revalorise la dualité et la complémentarité hommes-femmes, clercs-laïcs. Cette dualité n’existait-elle pas à l’origine du christianisme? Celui qui a présidé la première eucharistie, Jésus, n’était-il pas un laïc ? Je me demande si Jésus, selon les paroles que les évangélistes ont retenues de lui, serait «idoine» ou apte à devenir prêtre dans l’Église actuelle. Sa préférence pour les pauvres et les essouflés de la vie ne le rendrait-elle pas suspect aux yeux des autorités ? Sa fréquentation et ses prises de position pour celles et ceux que les lois excluaient du culte ne le rendraient-elles pas passible d’excommunication ?
EN CETTE ANNÉE PAULINIENNE
Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’Apôtre Paul et à son ouverture aux Gentils, ces étrangers, ces non-Juifs auxquels Paul se disait envoyé pour leur révéler à eux aussi le mystère du salut accordé par Dieu à tous les humains, qu’ils soient Juifs ou Gentils, libres ou esclaves, hommes ou femmes. Le ministère de Paul auprès des Gentils et surtout les conversions effectuées parmi eux fit l’effet d’une bombe. Personne n’ignore les tensions créées par son ministère auprès des Gentils. Paul a dû défendre son action contre ceux qui voulaient sauvegarder les coutumes juives.
Aujourd’hui, l’Église est confrontée à une crise aussi explosive. Quand des femmes demandent que soit reconnu leur appel au sacerdoce et quand elles se voient refuser d’accéder aux mêmes ministères que les hommes, ne sont-elles pas victimes du même mépris que les Gentils au temps de Paul ? Des hommes veulent les limiter à leur rôle de mères comme dans l’Antiquité et au Moyen Âge. Mais, des hommes de plus en plus nombreux et parmi eux des ecclésiastiques rêvent pour elles d’une reconnaissance pleine et entière comme personne.
Le cheminement de Paul est vraiment unique; il dit qu’il a été saisi par le Christ, qu’il a été mis à part par Lui. Pour Paul, vivre, c’est vivre pour le Christ. Qui aurait pu dire que le persécuteur des premiers chrétiens deviendait un grand apôtre ? Aujourd’hui, des femmes affirment qu’elles ont été saisies par le Christ et elles ne demandent qu’à vivre leur appel.
Paul a dû maintes fois justifier sa mission. Pour sa défense, il dit l’avoir reçue du Christ et ses lettres de créances sont les communautés qui ont reconnu en lui l’envoyé du Christ. Pourquoi nos évêques ne soumettraient pas ces femmes appelées aux ministères au même critère de discernement ? Leur annonce de l’Évangile a-t-elle mené des croyants et croyantes à la rencontre du Christ et à la reconnaissance qu’ils sont aimés par Dieu ?
Combien de temps encore ça va prendre pour que les successeurs des apôtres reconnaissent l’appel des femmes à proclamer la Bonne Nouvelle ? Si le Carême veut encore dire un temps de conversion et de retour dans les chemins de Dieu, puissent-ils eux aussi y trouver matière à réflexion !
Michel Bourgault, membre du Forum André-Naud de Joliette
Un commentaire au texte Femmes et ministères ordonnés
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8 mars 2009 Ã 17:00
J’appuie sans réserve les propos de Michel Bourgault dans le texte « Femmes et ministères ordonnés ». Je le remercie par ailleurs de nous faire connaître le contenu de ce colloque du 15 février dernier. Je ne pouvais y participer et j’ai apprécié le compte rendu de Michel. Aujourd’hui c’est une journée de réflexion sur l’avenir de la femme dans notre société et surtout dans notre Église des plus misogyne dans le sens que le dit le dictionnaire « qui méprise les femmes. » En effet ne pas reconnaître les femmes dans toutes les sphères de l’institution y compris surtout les ministères ordonnés c’est les mépriser quoique qu’en dise notre vénérable magistère. Je soumettrai en début de semaine un texte pour publication sur le site à propos d’une théologienne impliquée à fond dans ce débat : Pauline Jacob. Mais entre temps je voudrais laisser comme commentaire un extrait d’un texte que j’écrivais en 1999 pour le journal des diacres du diocèse de Trois-Rivières:
« Pendant que les théologiens « fouillent » l’histoire et le droit, l’Église n’arrive plus à répondre à sa mission. Au temps de l’Église primitive, les besoins s’étant manifestés, les Apôtres imposèrent les mains à sept hommes remplis d’Esprit et de sagesse, et « nous les chargerons de cette fonction » ( Ac 6, 3b ) L’Église primitive trouvait en son Esprit la source d’une imagination créative en vue de répondre aux besoins constatés. L’Église de notre temps discute, cherche, met fin aux débats qui ne lui conviennent plus et impose le silence.( Voir « Une Église qui a peur de débats » de Roland Leclerc dans l’Hebdo Journal du 27 juin 1999 ). Au-delà de la recherche historique et du droit, l’Église d’aujourd’hui a-t-elle besoin des femmes à l’intérieur de sa mission comme ministres ordonnées au diaconat et au presbytérat? Faut-il vraiment répondre à cette question, quand la réponse est d’une telle évidence? L’institution mettra combien de temps avant de se rendre compte de la contribution essentielle des femmes à la mission de l’Église? Où est-ce que ce sera la peur du « cheval de Troie » dans la hiérarchie des ministères ordonnés qui l’emportera? »
Robert Hotte, FAN de Trois-Rivières/Nicolet