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« Dorénavant … les pierres elles-mêmes crieront »

Auteur du texte: Robert Hotte ~ Publié le Vendredi 13 mars 2009

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L’accès des femmes aux ministères ordonnés
dans l’Église catholique : une question réglée!

I- Introduction

« Quelques pharisiens de la foule lui dirent : « Maître, réprimande tes disciples. » Mais il répondit : « Je vous le dis, si eux ( elles ) se taisent, les pierres crieront. » (Luc  19, 39-40).  Le texte qui suit sur l’accès des femmes aux ministères ordonnés représente une prise de position personnelle sur le sujet. Cette opinion, par ailleurs, est partagée par plusieurs dont entre autres le Réseau des Forums André-Naud et le Réseau Culture et Foi qui le propose depuis des années comme la solution à l’injustice faite aux femmes. Alors qu’est-ce que le texte ci-dessous apporte de nouveau? Rien de particulier  sinon qu’il vient à la suite de deux colloques le premier fin octobre 2006 (Femmes et ministères, L’autre Parole)  sur le thème  «L’accès des femmes aux ministères ordonnés » organisé par le Centre Justice et Foi de la Revue Relations à l’effet de ne plus se taire et de prendre la parole pour contester la vision restrictive de la hiérarchie de notre Église. Ce colloque a voulu relancer le débat sur cet enjeu fondamental et à cet effet a réuni des théologiennes exégètes, enseignantes, prêtre de l’Église anglicane, pasteure de l’Église unie. À tous et toutes les intéressé(e)s je vous renvoie au site de Femmes et ministères pour la lecture de ces exposés. Vous pouvez aussi obtenir du Centre St-Pierre un coffret de 3 DVD qui donne accès à toutes les communications données lors de cette rencontre d’octobre 2006. Les mêmes groupes récidivent le 15 février dernier sous le thème «Femmes et ministères ordonnés». Cette fois la rencontre avait lieu à la Cathédrale anglicane Christ Church, à Montréal et Michel Bourgault nous en donne un compte rendu dans son article du 7 mars sur le site. Pourquoi revenir sur le sujet?  Parce qu’il ne faut pas laisser s’éteindre le débat. C’est ce que souhaite la hiérarchie dans son ensemble : « Ils ou elles finiront bien par arrêter d’en parler. » Il faut non seulement en parler mais prendre position de façon ferme et poser des gestes en ce sens.

C’est pourquoi je veux vous parler d’une théologienne, Pauline Jacob, qui a participé au colloque de 2006 et  il n’y a pas si longtemps  défendait sa thèse de doctorat sur le thème « Des femmes appelées à l’ordination dans l’Église du  Québec ». Ces femmes ont parlé avec autorité c’est-à-dire avec compétence de la situation des femmes et des ministères ordonnés. Madame Pauline Jacob a œuvré en éducation, en pastorale et en enseignement universitaire. Sa formation académique est en relation avec ces domaines : pédagogie, psycho-éducation et pastorale. Elle détient deux maîtrises, l’une en psycho-éducation et l’autre en théologie pastorale À la communauté Ste-Bernadette de Trois-Rivières nous nous sommes demandés comment  nous pouvions nous inclure dans ce mouvement d’accès des femmes aux ministères ordonnés?  Nous l’avons fait  en  organisant un mini-colloque en  avril  2007 avec Pauline Jacob comme invitée afin de nous  entretenir et échanger  sur le contenu de sa thèse de doctorat publié dans un livre « Appelé(e)s aux ministères ordonnés » (Novalis 2007 ).

II- Des femmes appelées à la prêtrise ou au diaconat

La thèse de doctorat de Pauline Jacob  présente « le discernement vocationnel de femmes, membres de l’Église catholique du Québec, qui croient que Dieu/e les appelle à devenir prêtres ou diacres. Elle part du témoignage  de 15 femmes, âgées de 32 à 69 ans, issues de 6 diocèses différents. Des membres de leurs communautés chrétiennes, des collègues de travail, des amies et amis constituent le groupe des 73 témoins de leur engagement ecclésial. » Voilà pour l’œuvre de base de Pauline Jacob. Pour vous présenter sa démarche je vais puiser abondamment dans son texte de conférence donnée lors du colloque. «L’accès des femmes aux ministères ordonnés : une question non réglée » tenu les 27 et 28 octobre 2006. Il y a beaucoup de monde préoccupé par l’interdit de l’accès des femmes aux ministères ordonnés et qui veulent  dialoguer sur le sujet. Il faut se situer dans le contexte de  cette Église, incarnée dans un Québec de militance féministe, dans une période de l’histoire marquée par les avancées du féminisme, qui évolue dans un contexte socioecclésial où des femmes d’autres Églises sont devenues prêtres ou diacres, où certaines catholiques se sont fait ordonner prêtres ou diacres malgré l’interdiction canonique romaine. Cette recherche fait la démonstration que les modes de discernement vocationnels expérimentés par les femmes qui se disent appelées à l’un ou l’autre des ministères ordonnés se situent non seulement en lien avec la mouvance même de la grande Tradition chrétienne telle qu’elle est appelée à revivre aujourd’hui, mais à l’intérieur même de cette Tradition.

La conviction de Pauline Jacob concernant la vocation des femmes aux ministères ordonnés ne fait aucun doute : « Des femmes appelées à la prêtrise ou au diaconat, il en existe bel et bien, dans l’Église catholique du Québec. Je l’ai vérifié et j’en suis maintenant profondément convaincue. Même si elles ne se sont jamais manifestées de façon flamboyante comme l’ont fait d’autres femmes ailleurs dans le monde, elles sont à l’œuvre dans les paroisses, les diocèses, les hôpitaux, les écoles, bref, sur tous les terrains ecclésiaux et cela, sans avoir la reconnaissance officielle des ministres ordonnés. »  Notre auteure théologienne a voulu, par sa recherche doctorale, authentifier théologiquement l’appel qu’elles disent ressentir face à la prêtrise ou au diaconat, et s’est intéressée à connaître de l’intérieur ce qui les amenait à croire à leur possible vocation. Cette démarche de Pauline Jacob s’est poursuivie par l’analyse des témoignages de ces femmes selon cinq aspects qui se retrouvent au cœur du discernement préalable à l’acceptation des ministres ordonnés : l’appel intérieur, le sens du service, les qualités humaines attendues de ministres ordonnés, les traits spécifiques de ces ministères et la confirmation de la communauté. En ce qui concerne le sens du service, avec lequel on nous a tellement rabattu les oreilles et qui  se trouve justement au cœur de l’engagement presbytéral ou diaconal, on le retrouve tout bonnement au cœur de la vie de ces femmes. Les femmes de cette recherche se sentent également interpellées par la voix de leur communauté qui leur envoie l’image qu’elle ferait un bon prêtre ou un bon diacre.

La thèse de Pauline Jacob veut aussi mettre un terme à un discours patriarcal sur les motivations des femmes à vouloir accéder à la prêtrise ou au diaconat : «Ces femmes croient en leur vocation, non par soif de pouvoir, non parce qu’elles ont des problèmes d’identité psychosexuelle comme on a pu l’entendre dans certains discours, mais bien plutôt parce qu’elles ont discerné un appel à marcher sur cette route. » Ces femmes, ajoutent l’auteure, non seulement perçoivent un appel à travers leur prière, leur engagement et les interpellations de leurs proches, non seulement les membres de leur communauté confirment leur possible vocation mais ces femmes répondent abondamment aux critères exigés idéalement d’un candidat à la prêtrise ou au diaconat. Elle n’hésite aucunement à affirmer, après analyse, « qu’elles seraient acceptées au grand séminaire si elles étaient des hommes. » La théologie traditionnelle a épousé le modèle patriarcal, c’est évident. C’est pourquoi Pauline Jacob croit que seule une approche différente en Église pourra résoudre ce problème de l’accès des femmes aux ministères ordonnés. Il faudrait, dit-elle, une théologie qui serait à l’écoute des femmes et partirait de la vie, de l’expérience pour tenter d’y lire le passage de Dieu/e car ce Dieu Père de la théologie patriarcale est aussi Mère. Une telle ouverture à l’expérience des femmes inciterait à faire Église autrement. Les femmes rencontrées par Pauline Jacob lors de sa recherche, privilégient un modèle organisationnel différent de celui en cours actuellement, soit un modèle circulaire, convivial, non hiérarchique, avec une priorité accordée aux relations humaines.

Voici le texte d’une de ces femmes rapporté par l’auteure à la fin de sa conférence :

Dieu n’appelle pas un « sexe », il appelle une « personne », la personne quelle que soit sa race, sa couleur, son identité et son sexe. L’Esprit Saint est Celui qui ne peut être contesté par aucune Église quel que soit son gouvernement. Pourquoi l’Esprit Saint n’appellerait-il pas des femmes? Intérieurement, je sens cet appel et personne ne pourra m’enlever ce sentiment intérieur, cet intouchable.

Et vous, si vous tentez de faire taire ces femmes, les pierres                elles-mêmes crieront…  ( Allusion à Luc 19,40 : « Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui hurleront »

( La Bible, Bayard, 2001 )
Je pense que le temps du silence est révolu et que nous devons proclamer haut et fort que nous croyons à l’appel des femmes aux ministères ordonnés dans notre Église comme nos sœurs et frères des autres confessions chrétiennes autrement les pierres hurleront et proclameront cet appel de l’Esprit Saint.

Robert Hotte, Membre du FAN Trois-Rivières/Nicolet

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