Conscience chrétienne adulte
Un membre de l’équipe nationale du RFAN, Denis Normandeau (FAN St-Jérôme), a bien voulu partager avec les membres de l’équipe ses découvertes à propos de la pensée d’André Naud. Il a rédigé ce résumé et des extraits de l’ouvrage Le magistère incertain. Le souligné est de Denis Normandeau.
La notion de conscience chrétienne adulte est loin d’être aussi claire qu’on peut penser de prime abord. Le mot « conscience chrétienne » veut indiquer simplement comment une conscience adulte établit ses rapports à la foi chrétienne et plus particulièrement à l’Église et à son Magistère.
1. Le premier trait de la conscience chrétienne adulte, c’est qu’elle garde jalousement pour elle le dernier jugement à poser. C’est un peu ce qu’on veut sans doute signifier quand on dit qu’en dernière analyse la conscience est seule devant Dieu. Et c’est parce que la conscience croyante se sait ainsi seule devant Dieu qu’elle sent le besoin de le prier et de solliciter son aide, au moment des grandes décisions, à la fois pour bien discerner le chemin qu’elle devra suivre et pour s’y engager généreusement.
Une conscience adulte est démissionnaire si elle s’en remet purement et simplement, sans examen, à un jugement extérieur à soi.2. Une conscience de croyant chrétien pose ce dernier jugement selon le meilleur de l’inspiration chrétienne. Elle n’est chrétienne que parce qu’elle est déterminée à suivre la personne du Christ et à s’inspirer de l’esprit qui l’animait.
Ainsi, d’une part, le chrétien accorde une place tout à fait privilégiée au précepte de l’amour, au point qu’il devienne le résumé de toute la loi et qu’il en mesure constamment l’application concrète. D’autre part, il est profondément marqué enfin par le désir de faire en toutes choses la volonté du Père.
Aussi cet esprit pourrait-il s’exprimer dans la grande loi de conscience suivante : rechercher ce que peut être la volonté de Dieu en tenant compte du primat de l’amour, afin d’y répondre avec confiance et générosité.3. Parce que la conscience chrétienne adulte se sait et se veut responsable, elle est soucieuse de s’informer autant qu’il faut, chaque fois qu’il y a matière à débat pour elle. Elle est avide de profiter de la sagesse du passé en s’interrogeant sur la pensée nouvelle.
Une conscience chrétienne adulte est naïve si elle accueille les enseignements du Magistère ou même de l’Église en leur accordant systématiquement le même degré de certitude. Elle est naïve si elle néglige de se rappeler que si, dans le passé, une autorité enseignante a pu se tromper, elle peut se tromper encore.
Beaucoup de situations sont en effet uniques. La conscience chrétienne adulte a donc le sens de l’exception à la règle, ce sens de l’exception que Jésus a manifesté si souvent, tout au long de son existence. Dans les conflits elle trouve normal de trancher en remontant à la règle suprême de l’amour généreux, de Dieu et de la personne de l’autre.
Pour toutes ces raisons, la conscience chrétienne adulte écoutera d’un esprit bienveillant l’enseignement du Magistère, en présumant même que la vérité se trouve de son côté. Mais elle tiendra compte également des réactions suscitées par cet enseignement chez d’autres personnes, pour leur esprit chrétien, pour leur prudence, pour l’ampleur de leur information. Elle n’aura pas peur des théologiens. Elle accordera l’importance qu’elle mérite à la pensée des frères chrétiens des autres Églises. Bref, elle accueillera la vérité, d’où qu’elle vienne.
Son idéal est précisément de discerner. Et de discerner notamment, dans l’enseignement de l’Église, si précieux et si important pour elle, la part de la vérité et la part inévitable des limites.
Aussi, le mot « obéir » ne résume tout que lorsqu’il concerne la volonté, souvent cachée, de Dieu lui-même. La conscience chrétienne adulte se méfie donc de ceux qui n’ont que ce mot à la bouche ou qui identifient trop vite volonté de Dieu et pensée humaine.André Naud, Le magistère incertain, Montréal, Fides, 1987, pp. 248-254.
Certains de nos lecteurs ont sûrement réfléchi sur cette notion de conscience et auraient peut-être envie de formuler leurs questions et commentaires par écrit et d’en débattre avec d’autres. Le blog du RFAN est à notre service à tous et surtout au service de la plus grande gloire de Dieu, qui s’est manifestée sur la face du Christ et qui resplendit dans nos coeurs quand nous recherchons la volonté de Dieu. Si vous désirez vous exprimer à ce sujet, écrivez un article et envoyez-le à info@forum-andre-naud.qc.ca.